Dans le marasme de la gauche…

La gauche est dans les choux. La faillite de la gauche gouvernementale n’est même plus à dénoncer. De loi néolibérale en mesure productiviste, de Fessenheim à l’ANI, de la loi Macron à Notre-Dame-Des-Landes, la présidence Hollande aura été si loin dans le reniement de ses promesses que l’on peine à lui trouver encore des soutiens. La mobilisation contre la loi travail a cependant révélé une énergie et une détermination nouvelles comme une volonté d’autres propositions. Mais par-delà le PS, où chercher une alternative ? Les frondeurs frondent, les verts n’en finissent pas de se diviser, le Front de gauche est bel et bien enterré. Et pendant ce temps-là, l’abstention progresse, la droite se droitise et le Front national semble progresser inexorablement… Car oui aujourd’hui, le centre de gravité de la vie politique semble bien ancré à droite et c’est la droite de la droite qui concentre aujourd’hui la dynamique.

Dans notre famille politique, depuis des années, les querelles de boutique succèdent aux élans unitaires. Le bel élan du Front de Gauche est retombé en poussière. Nous devrions être unis, « sans césar, ni tribun ». Mais non : l’habitude de l’entre soi ou les postures médiatiques, « l’urgence» des prochaines élections, ont repris le dessus pour sauver des élus ou se lancer en solitaire dans la course à l’élection présidentielle. Si les électeurs fuient de plus en plus souvent les urnes, les militants fuient eux aussi ces partis dont les directions verrouillent les instances et les débats pour éviter toute contestation. Ne rassemblant même plus les classes populaires – pourtant majoritaires –  voilà maintenant que certains prétendent parler au « peuple tout entier » ou aux « 99% ». Cet échec, c’est pour nous aussi et peut-être surtout celui de la gauche de la gauche.

Affiche PCF – Elections régionales 2010
Trust. Réflexions sur l’antisystème, 1980.
Une dynamique au point mort

La gauche de la gauche a longtemps été malade de ses divisions. La dynamique unitaire qui a présidé à la création puis l’essor du Front de gauche a permis de recréer un pôle d’attraction fort à la gauche du PS. Pourtant cet élan n’a pas survécu par-delà la campagne présidentielle de 2012. Cartel électoral sans cohérence politique forte, il s’est rapidement retrouvé tiraillé entre les désirs contradictoires de ses composantes. Le PCF y a vu un outil efficace pour conserver ses élus et son train de vie, se satisfaisant bien de rester la « vitamine » de la gauche, celle qu’on choisit au premier tour pour « envoyer un message ». Pour Mélenchon et le PG, il s’agissait de naviguer entre un pospointmortitionnement « anti-système », une critique radicale du gouvernement socialiste et des arrangements électoraux aux échéances locales. Ensemble, enfant de divorcés, continue à faire le grand écart pour tenter de concilier l’inconciliable. Au terme de ses hésitations, il reste aujourd’hui un constat unanime, le Front de gauche n’a pas su incarner l’alternative à la social-démocratie. Bien sûr, la pureté idéologique affichée par LO ou le NPA n’ont pas suffi à leur permettre de conquérir les masses. Mais la clarté du positionnement est certainement un des ressorts forts de la dynamique du FN.

Conquérir les consciences

Devenir majoritaire dans les urnes, c’est sans doute aussi conquérir les cœurs et les consciences. Or il faut composer avec des années de bataille culturelle. Les médias et une grande partie de la classe politique ont progressivement imposé les questions sécuritaires, la peur des étrangers sur lesquelles prospère le FN. On nous martèle jour après jour qu’ « il n’y a pas d’alternative » : les partisans du néolibéralisme ont largement remporté la bataille idéologique… Pour être une vraie force politique, il faudrait d’abord réussir à s’extraire des thèmes de nos adversaires. Depuis les années 80, la gauche a progressivement renoncé à l’ambition de changer la vie. Elle ne propose plus que de ralentir la catastrophe en «résistant à l’austérité ». L’absence d’inventivité du programme proposé dans «L’humain d’abord» est consternante ! Comment des forces politiques dont le programme tient en un drapeau, quelques slogans de manif («Non à la loi Macron !», «La retraite à 60 ans !»)  et une série de mesures parasyndicales peuvent encore donner envie d’y croire ? Leurs mots, leurs slogans, répétés en boucle entre convaincus, ne parlent plus à personne. Qui ne voit pas que nos tracts qui répètent en boucle «Contre la marchandisation !», «Non à l’austérité !» glissent sur ceux qui les lisent et ne trouvent pas d’écho. Ils ne parlent pas la langue des problèmes de ceux qu’ils se proposent de représenter.

NON, c’est non. Affiche unitaire CONTRE l’austérité, 2014.
Et si l’imaginaire de la gauche dépassait les canons militants ?
« Mais personne parle comme ça ». Leçon de communication. Hollande vs Kaamelott par VinzA
Pourtant même les manifs fourmillent d’inventivité…
A visiter absolument : http://larueourien.tumblr.com/

 

Renouer avec l’envie

Il y a surtout une dimension fondamentale de la vie politique que la gauche a perdue de vue. Le désir. L’envie d’aller de l’avant ensemble et d’y croire. De s’impliquer. De se mettre debout. Ce n’est pas un hasard si c’est en dehors des partis traditionnels que Nuit debout a su susciter un enthousiasme et une dynamique qu’aucune organisation n’avait réussi à provoquer depuis longtemps.

Pour renouer avec cette envie, il nous faudrait porter un projet positif, ancré dans nos préoccupations concrètes quotidiennes pour construire un tout cohérent. Un projet qui serait radical parce qu’il s’attaque à la racine des problèmes et non parce qu’il est contre tout. A quand un mouvement dont les propositions seraient plus fortes que ce qu’il conteste ? Il est temps de remiser nos mots de militants : trouvons les mots qui touchent vraiment ceux à qui ils s’adressent. Osons ne pas asséner nos symboles comme un préalable. Parlons pour être entendus. Dans ce domaine, Podemos aura au moins eu le mérite de lancer des pistes. Il faut que nous prenions conscience de combien se joue dans ce que l’on incarne : plus qu’un programme très détaillé, ce sont ces quelques adjectifs qui nous sont accolés qui nous identifient. Nous avons besoin de fraîcheur ! Du fond à la forme, tout doit concorder pour incarner une force positive, nouvelle et radicale. C’est un long chantier, prenons-en dès aujourd’hui notre part…

On y va quand ? On s’active quand ? Dessin d’enfant à Nuit Debout

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