Organisations de masse et communisme municipal dans les années 1950

S’il y a bien un exemple d’entreprise de « contre-société » qui ait marqué l’histoire politique récente en France, c’est sans conteste du côté du parti communiste français que l’on peut le trouver. Nous avons donc choisi de faire une plongée dans une page particulière de l’histoire du PCF en nous focalisant sur la période l’âge d’or qu’a pu être la période de l’après-guerre pour essayer de retracer à la fois le projet de contre-société du PCF et la façon dont il avait pu fonctionner en pratique[1]. Cette plongée dans le monde communiste a une double utilité. Elle nous permet de documenter des propositions récurrentes dans les milieux militants, à savoir aller au-devant des milieux populaires autrement que par la politique et notamment par des programmes d’action sociale qui se fondent souvent sur l’exemple — en grande partie fantasmée — du PCF. Elle nous permet aussi de découvrir que derrière les évidences militantes, il y a souvent des réalités beaucoup plus complexes, beaucoup plus diffuses et nuancées et c’est justement en allant voir toute cette histoire de plus près que nous pouvons faire vraiment progresser nos raisonnements et nos propositions.

Cet article s’organise donc en 4 temps :

Quelques repères en termes d’audience électorale du PCF

L’apogée du PCF en termes de résultats électoraux, c’est novembre 1946 (28,3%) c’est-à-dire 5,4 millions de voix. En 1951, il pèse encore 26,9% des suffrages exprimés, 25,91% en 1956 — c’est finalement la V° République qui amorce la chute : en 1958, il descend à 19,21% et restera autour de 20% jusqu’aux années 1980 (19% en 1979, 15% en 1981). En 1946, il revendique 800 000 adhérents, alors qu’il n’en avait « que » 235 000 en 1936.

Le projet du PCF de parti-société

C’est Annie Kriegel qui synthétise le mieux ce projet du PCF de constituer une contre-société pour ses adhérents et ceux qui gravitent autour[2]. Pour elle, ce projet s’ancre dans son projet politique qui est un rejet fondamental de la société capitaliste, qu’il entend abattre pour lui substituer un projet de société socialiste. Il conteste donc les fondements mêmes de la société dans laquelle s’inscrit le jeu politique — et le jeu politique lui-même. Le PCF ne peut donc se contenter à l’époque d’être dans le jeu électoral, il est porteur d’un modèle social, d’un modèle de contre-société. Et cette contre-société, pour le PCF, elle existe réellement, notamment en URSS et dans les pays du socialisme réel. Mais il doit aussi le faire vivre par lui-même, en lui-même et être comme elle le dit « la première esquisse », la « version initiale » de cette société à venir.

Cette conception vient de Lénine, pour qui le parti doit non seulement être « le plus à l’extérieur possible de la société globale elle-même », mais aussi et peut-être surtout, jouer un rôle « offensif » pour « pénétrer la société » et éviter justement que la société vienne « pénétrer le parti » et lui faire courir le risque d’une « dégénérescence sociale-démocrate ». Il faut donc que le parti irrigue la société, qu’il déborde des activités politiques proprement dites pour qu’il propose à ces adhérents et à tous ceux qui gravitent autour, à tous ceux qui pourraient être tentés de rejoindre le PCF, une véritable « micro-société ». Pour cela, il doit être une « organisation souple, capable d’épouser et de pénétrer le corps social ». Si on le formule différemment, ce projet de contre-société est aussi un projet de colonisation et d’encadrement des classes populaires : il doit permettre de conquérir par tous les moyens les membres de la classe ouvrière, les amener s’il le faut par des voies détournées dans le giron communiste.

Dans cette conception léniniste du parti, le parti et sa « contre-société » remplissent aussi une autre fonction : il est au service d’un projet révolutionnaire qui veut subvertir complètement l’ordre social. Or comme le relève certains, ce projet ne peut aboutir que si, à l’instant où le pouvoir se défait, se délite, le parti communiste « se trouve doté de structures plus solides que celles de ses adversaires en place ». Si l’Etat bourgeois est soutenu par son armée, il faut donc construire une « armée, encore mieux organisée et prête à mener une forme de guerre nouvelle pour saper l’ordre social existant[3] ». Cette pénétration de la société préfigure la société à venir, mais elle est aussi un outil de conquête de cette société de l’avenir.

Il y a plusieurs moyens par lesquels le PCF a tenté de proposer cette « contre-société » :
– Par un militantisme particulier qui fait du militant communiste un militant « total »
– Via ses organisations de masse
– Via son action municipale

Il y aurait sans doute à faire un développement sur le type de militantisme proposé au sein du parti communiste français des PCF 1947 Ainannées 1950. L’article 7 des statuts du PCF ordonne à l’adhérent de « bannir la quiétude ». Le militantisme du communiste doit être total et de tous les instants. Le communiste a ainsi pour rôle de politiser en permanence chaque aspect de sa vie. Annie Kriegel a une jolie image pour caractériser ce rôle assigné au militant communiste : il doit « se comporter comme un petit soleil ; il éclaire, réchauffe et entraîne dans sa course une couronne de satellites : ses voisins, ses camarades de travail ou de jeux, et de façon générale ses compagnons de misère ou d’espérance[4] ». Il est donc « responsable pour lui-même et pour les autres » et dans toutes les sphères de son existence.

Il y a donc toute une facette de l’engagement communiste qui reste imperceptible, mais qui est aussi importante : c’est celle de la socialisation quotidienne, des conversations sur le lieu de travail, au bistrot. Un exemple, dans son étude sur le PCF dans le bocage bourbonnais, Julian Mischi souligne l’importance des lieux ouverts à la population et tenus par des artisans ou commerçants membres du parti (épiceries, bistrot, magasins…) : être propriétaire d’un débit de boisson peut permettre d’en faire le centre de discussion politique du village[5].

Il y aurait aussi toute une étude à faire sur l’impact de la presse communiste qui est nombreuse, variée, qui se décline par secteurs, qui vise de nombreux publics. Et qui participe fondamentalement de cette contre-société : on peut lire communiste comme on respire. Un seul exemple pour mesurer son audience : dans les années 1950, l’Humanité dimanche tire pour la seule région parisienne à 500 000 exemplaires[6]

Le PCF et les « organisations de masse »

Cet engagement total, du moins dans le projet du PCF, on peut malgré tout le saisir dans les « organisations de masse », ces organisations parallèles qui complétaient l’emprise du PCF sur la société et dans lequel chaque militant communiste pouvait être amené à militer, à multiplier son engagement. Ces organisations de masses servent donc pour le PCF à la fois à accroître son influence en étant au plus près de la population, mais expriment aussi une technique de politisation pour toucher tous les milieux populaires. En revanche, ces organisations de masse ne proposent pas, à l’époque, de services directs à la population.

Le conglomérat communiste : présentation

C’est donc une particularité du PCF, au moins dans le système politique français, d’avoir poussé aussi loin la volonté de ramification dans la société. Pour s’étendre, et, selon l’expression d’Annie Kriegel, « épouser et pénétrer le corps social » le PCF va donc s’appuyer sur un réseau d’organisations qu’il a soit créé ou contribué à créer, soit dont il a réussi à prendre le contrôle. Est-ce que ce projet d’emprise sur le corps social, a réussi… c’est compliqué de le dire. Le PCF a en tous cas réussi à impressionner : Jean Montaldo écrit ainsi en 1978, dans des lignes qu’on reconnaîtra sans peine comme largement anticommunistes et qui, d’ailleurs, avec plus de 30 ans de recul, prêtent presque à sourire : « le PCF, grâce à son organisation tentaculaire a gagné, partout, une influence parfois dominante et toujours redoutable. Rien ne lui échappe : monde ouvrier, culture, information, administration, enseignement, armée, entreprises publiques et privées, informatique, sports, loisirs, femmes, enfants, vieux, anciens combattants, police, justice, bonnes œuvres, commerçants, artisans, etc. Tout est soumis à ce quadrillage implacable de ce parti à vocation totalitaire[7]. » De fait, le PCF peut s’appuyer sur un réseau conséquent d’associations et organisations professionnelles qui tendent à couvrir tous les pans du monde social :

  • CGT : pour les travailleurs (il a tout de même fallu bien des péripéties et près de 26 ans au PCF pour en prendre le contrôle)
  • CGP : confédération des paysans travailleurs
  • Fédération des locataires (qui deviendra la CNL : confédération nationale des locataires)
  • UJRF : Mouvement des jeunes communistes
  • UFF : Union des femmes françaises
  • ARAC : association républicaine des anciens combattants
  • FNDIRP : fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes
  • Mouvement de la paix
  • Association nationale des élus communistes et républicains
  • FSGT : fédération sportive et gymnique du travail
  • Secours populaire français
  • UNVTF : union nationale des vieux travailleurs français
  • UECF : Union des étudiants communistes français
  • MODEF : mouvement de défense des exploitants familiaux
  • Droit solidarité (association de juristes)
  • Amis de l’URSS, France-RDA, France-Tchécoslovaquie, France-Cuba…

C’est ce qu’Axelle Brodiez appelle le « conglomérat communiste » et qu’elle schématise dans une annexe de son étude sur le secours populaire français (image reproduite ci-contre)[8].

Un objectif — s’élargir en s’adaptant à tous les secteurs sociaux

UFF

Source : Banlieue rouge (1920-1960) -Année Thorez, années Gabin : archétype du populaire, banc d’essai des modernités (sous la direction d’Annie Fourcaut) éditions Autrement, 1992

Quel est l’objectif de ces organisations de masse ? C’est de réussir à « organiser — c’est-à-dire encadrer, réunir autour d’un noyau militant — des masses non politisées, sensibles à certains mots d’ordre particuliers[9] ». Il s’agit à travers un réseau d’organisations dites « amies », d’organisations parallèles, de développer une sociabilité partisane au-delà de la seule institution partisane et d’élargir potentiellement la sphère des sympathisants. L’objectif est donc d’entrer en « liaison avec les masses ». Ces organisations servent donc une volonté de conquête des classes populaires.

Pour les « conquérir », du moins pour les approcher, le parti décline donc son message sur des secteurs particuliers : il s’agit d’aller « là où sont les masses[10] ». C’est la raison pour laquelle on va retrouver des organisations, autant que possible, dans tous les secteurs de la vie : du travail aux jeunes, des anciens combattants aux locataires. Ainsi il va pouvoir toucher des militants sensibles à son discours et leur faire progressivement passer le pas. Théoriquement, ces organisations, le PCF doit pouvoir les contrôler assez pour les mettre en marche si besoin à l’occasion d’un appel ou d’une mobilisation (cf. montée au mur des Fédérés…) pour faire la démonstration de sa force et de sa capacité à mobiliser. Théoriquement son emprise sur ces organisations de masse double au moins son influence sur la société…

Encadrer et politiser les classes populaires

Ce projet de contre-société est donc un projet de conquête, mais aussi d’encadrement des classes populaires. Mais il est aussi un projet émancipateur de politisation des classes populaires. Pour le PCF, rassembler n’est pas suffisant, il s’agit de mobiliser autour de mots d’ordre politiques, de politiser tous les aspects de l’existence. Il y a donc une double dimension dans le projet des organisations de masse. Alors que la participation à la vie politique paraît naturelle aux milieux bourgeois, la tendance au repli sur la sphère privée est plus forte dans les milieux populaires, que ce soit par sentiment d’illégitimité ou par nécessité de répondre d’abord à des préoccupations matérielles concrètes pour assurer sa survie ou son confort. Julian Mischi note donc dans le projet communiste une « lutte contre la clôture sociale permanente de la scène politique[11] », il s’agit, selon lui, de « contrer les logiques si prégnantes en milieux populaires d’une distanciation à l’égard du politique ». Le PCF entend donc à sa manière démontrer que la politique est partout, que tout est politique.

C’est une volonté que l’on retrouve très nettement dans le cas de l’UFF (Union des femmes françaises[12]). L’UFF se définissait comme une organisation s’adressant aux « ménagères » éloignées de l’engagement politique — on est à une époque où une forte proportion de femmes de la classe ouvrière ne travaille pas. Il s’agit d’aller chercher aussi loin que possible ceux (et celles) qui sont le plus éloignées de la politique et donc notamment les mères et femmes au foyer. Le but était de partir des préoccupations de la vie quotidienne (enfants, tenue du foyer, hausse des prix, etc.) pour exercer une influence sur elles. Pour cela, la solidarité et l’entraide dans le quartier étaient promues et l’on y encourageait le développement d’une sociabilité de quartier (avec un fort rôle par exemple de la présence sur les marchés tout au long de la semaine). Cela passait par des discussions quotidiennes, des collectes pour les enfants de grévistes, l’organisation d’une kermesse voire l’achat et de la mise à disposition d’une machine à laver collective. Mais il y avait aussi et surtout de grandes campagnes de mobilisation et de sensibilisation autour du droit des femmes : il s’agit bien de partir du matériel, de l’aspect concret de la vie pour le politiser. La préoccupation d’aller chercher celles qui sont les plus loin de la politique pour les y ramener pousse l’UFF jusqu’à mettre en place un système de « visiteuses » à destination des femmes qui ne pouvaient pas sortir de chez elle pour assister aux réunions : des « visiteuses » de l’UFF venaient ensuite leur en rendre compte à domicile de ce qui s’était dit en réunion.

Des organisations de masse militantes, loin de l’offre de services

Agadir

Affiche de campagne du secours populaire – 1960

Contrairement aux idées préconçues que l’on peut avoir sur les usages par un parti politique d’organisations parallèles, le PCF n’a pas cherché à développer des organisations rendant des services directs à la population. Il n’a donc pas développé des organisations proposant des programmes sociaux (distributions de vêtements ou aide alimentaire, aide juridique, aide aux devoirs…). Ces organisations proposent plutôt un militantisme politique décliné dans des segments de la société.

Un exemple : le secours populaire qui est aujourd’hui une grande organisation humanitaire, connue pour son action d’aide et soutien aux plus démunis sur tout le territoire a à l’époque une tout autre vocation. Le secours populaire est l’héritier de la section française du secours rouge international, une association de solidarité morale, matérielle et juridique aux militants inculpés ou emprisonnés, en France comme à l’étranger (grévistes, partisans de la Paix, victimes du colonialisme et du « fascisme »). C’est à partir de la guerre d’Algérie que le secours populaire français s’autonomise par rapport au parti communiste et fait sa mue comme association humanitaire « apolitique[13] »…

Une réussite en trompe-l’œil ? Les bémols du conglomérat communiste

Si l’originalité des activités proposées par les organisations de masse paraît forte dans le champ politique, elle n’est pourtant pas radicale dès qu’on détourne le regard. Il y a en effet tout un parallèle à faire entre les formes d’activités proposées par les qui existent à l’époque et qui sont proposées par l’église : patronage, à destination des femmes ou des enfants… De fait, c’est bien le même répertoire d’actions qui est proposé, mais décliné dans le domaine politique, sans doute aussi dans le cadre d’une forme de concurrence avec l’influence de l’église catholique dans la société, pour lui arracher un public potentiel, tout en reproduisant des activités qui prennent dans la population — ou que les militants communistes ont eux même connu et maîtrisent.

Implosion du conglomérat communiste
Années 1980-1990
Axelle Brodiez

Le conglomérat communiste n’est surtout pas forcément la réussite totale que la théorie dessine. Toutes les études localisées sur le PCF font état des tensions entre l’engagement dans le parti et dans les organisations de masse. Le parti valorise en théorie le pluri-engagement, à condition que le parti soit au cœur de cet investissement extra-partisan. C’est ce qu’exprime notamment Maurice Thorez dans sa biographie Fils du peuple : « Nous voulons des dirigeants agissant dans le parti, par le parti et seulement avec le parti, quel que soit le poste où le parti les a placés (organisations ouvrières, coopératives, municipalités, etc.)[14] » Pourtant, dans la pratique, ce multi-engagement est chronophage et souvent l’occasion d’une distanciation avec le parti communiste, l’engagement dans une autre organisation finissant par prendre le pas sur l’engagement dans le PCF. Julian Mischi relate ainsi que les fédérations du PCF déplorent très régulièrement l’absentéisme de militants engagés ailleurs, le non-respect du rôle primordial du parti dans le « mouvement de masse », ce que la doctrine appelle « l’opportunisme en matière d’organisation[15] ». De fait les organisations du conglomérat communistes semblent portées par une force centrifuge qui les conduit à s’autonomiser progressivement du PCF. Ainsi l’histoire du conglomérat communiste que dessine Axelle Brodiez, à partir de l’histoire du secours populaire français, est bien celle de son implosion progressive (voir schéma ci-contre).

Le communisme municipal

Les mairies communistes paraissent être aisément identifiables comme le lieu où le PCF a pu mettre en pratique son idéal de contre-société. Pourtant, si le « communisme municipal » a pu être une réalité pour près d’un français sur 6, il n’a jamais été une doctrine pleinement assumée par l’appareil communiste. Raison de plus pour essayer de comprendre ce qu’a été ce communisme municipal, les tensions qu’il a suscitées dans le modèle communiste et ce qu’il a apporté à l’ancrage du PCF dans la société française.

Les actions du communisme municipal

Le communisme municipal n’est certainement pas un bloc homogène. Il y a eu évidemment des différences entre communes dirigées par une majorité communiste, ne serait-ce que de moyens : ainsi les communes de la ceinture industrielle de Paris comme Ivry-sur-Seine ou La Courneuve ont beaucoup plus de moyens que les villes dortoirs lointaines[16]. Mais derrière les disparités, il est possible de retracer un certain nombre de traits communs. La gestion des municipalités communistes se singularise d’abord par l’ampleur des dépenses sociales. Elles mènent une politique foncière offensive qui leur permet de municipaliser une part considérable du territoire communal et de construire massivement des logements sociaux[17]. Les villes communistes ont un mode de gestion particulier, qui repose sur l’adage qu’il faut « faire payer les riches », en pratiquant une forte taxation des locaux à usage professionnel. Avec le budget dégagé, elles cherchent à satisfaire tous les besoins négligés par l’Etat et le système capitaliste, principalement dans les domaines suivants : logements, écoles, personnes âgées, santé et culture. Comme le souligne Roger Martelli, les villes communistes sont aussi un territoire où les communistes sont en position d’hégémonie politique et où s’entremêlent l’institutionnel, le social et le symbolique, dans une dynamique que le politique a su unifier et reproduire, au moins pendant quelques décennies[18].

Les maires communistes se doivent d’être des « constructeurs[19] » et ne s’en privent pas, multipliant l’offre de logements sociaux sur le territoire de leur commune, comme les services publics et les équipements publics : crèches, consultations de nourrissons, jardins d’enfants, bâtiments scolaires, douches, lavoir municipal, dispensaires, centres de santé, bourses du travail, stades, gymnases, parcs et promenades… Il s’agit à la fois d’améliorer les conditions de vie de la population, de veiller à son confort, mais aussi de propager de propager un certain idéal hygiéniste de progrès social. Le film « Ivry – 20 ans de gestion communiste » insiste particulièrement sur la façon dont les cuisines modernes proposées dans les nouveaux logements construits par la mairie… Les mairies communistes vont ainsi participer à la résorption des bidonvilles autour de Paris. Elles mènent également des politiques de santé particulièrement développées, notamment avec la mise en place de dispensaires et centres de santé où sont proposées des consultations de médecins généralistes, de spécialistes, d’infirmières… Enfin une politique culturelle particulièrement dynamique est à souligner, qui passe par la construction de théâtres, de centres socio-culturels… Comme le soulignent Julian Mischi et Emmanuel Bellanger, « les mairies communistes ont assumé des politiques qui ont profondément restructuré la morphologie de leur cité[20] ».

D’autres spécificités sont à souligner : la recherche d’un encadrement de la jeunesse qui passe à la fois par l’investissement dans les écoles, leurs projets, les classes vertes ou de neige, la promotion du modèle social de la colonie de vacances et des structures d’éducation populaire. La plupart des villes communistes de banlieues parisiennes vont acquérir dès les années 1930 des châteaux en bord de mer pour y installer des colonies de vacances municipales : Saint Ouen envoie ses enfants à Jullouville-les-Pins, Bobigny à La Cotinière vers Oléron, Bagnolet à la Vignerie près d’Oléron encore, Romainville à Bosgouet dans l’Eure[21], les Mathes en Charentes-Maritimes pour Ivry. Ces colonies mixtes font en elles-mêmes partie du projet communiste : elles ont aussi pour rôle de transmettre un héritage politique en créant « un milieu de vie façonné par le système de valeurs de l’institution qui la porte[22] ». La vie politique y est toujours présente au travers de chants, de jeux, de fêtes, d’élection de représentants des enfants sous forme de quasi-soviets. L’émission coco colo sur Arte radio retrace admirablement le rôle d’initiation à la vie citoyenne de l’élection des représentants de « Villanous », la ville imaginaire des enfants qu’est cette colonie des Mathes. Comme le retrace Arnaud Baubérot, la colonie communiste des Mathes est au fond une sorte de cité utopique, retranchée du monde présent, « réglée par des normes qui seront celles du monde futur[23] ». La fête du 15 août avec des tentes des sections communistes de la région, ouverte aux habitants et à une délégation de citoyens d’Ivry venus en visite, avec des spectacles, des jeux et la présence du Maire d’Ivry, du député de Charente et de Maurice Thorez qui clôt la fête par un discours de politique générale est le clou politique de cette colonie…

© Coll. Archives du PCF/AD93
Couverture du livre « Les territoires du communisme »

Sur le socialisme municipal

Courant issu du mouvement ouvrier des années 1880, incarné par Paul brousse, aussi appelé « possibilisme », le socialisme municipal est un socialisme de réalisations concrètes. C’est un « socialisme de l’action » qui cherche à œuvrer au plus vite pour la classe ouvrière. Il s’oppose donc au socialisme révolutionnaire de Jules Guesde pour qui il ne peut y avoir qu’une sortie totale du capitalisme. Le socialisme municipal propose au contraire de fractionner le but idéal en plusieurs étapes pour rendre possibles certaines revendications. Dans les mairies conquises par des élus ouvriers, ce socialisme municipal s’articule autour de la mise en place de services publics municipaux qui vont répondre aux besoins des habitants.

Le socialisme municipal peut aussi se comprendre comme une conception décentralisée du pouvoir : les mairies sont prises non seulement comme des laboratoires de la société future, elles sont aussi le cadre dans lequel peut se réaliser la substitution progressive de la société socialiste à la société capitaliste, par la municipalisation des services d’intérêts publics[27].

Une doctrine paradoxale : tensions entre la pratique municipale et la doctrine du parti

Le communisme municipal s’est paradoxalement élaboré hors de l’institution politique du PCF. Alors que le PCF s’est développé contre le parti d’élus qu’était la SFIO et avec un certain rejet du socialisme municipal, le communisme municipal s’est presque développé contre le parti communiste français, par la pratique de ses élus plus que par la volonté du comité central.

La conquête des municipalités n’est pas pour le PCF des années 1950 une fin en soi. Son horizon politique reste bien le gouvernement ouvrier et paysan et la mise en place des « soviets de France ». Les municipalités sont d’abord vues comme un des rouages de l’Etat bourgeois que le parti communiste entend détruire et non gérer. La gestion municipale doit donc être mise au service de cet idéal. C’est ce que rappelle Jacques Duclos dans son rapport au congrès du Havre en 1956 : « Conquérir une municipalité, c’est enlever à l’ennemi une position qui, retournée contre lui, crée des conditions de lutte plus favorables pour le prolétariat et lui donne davantage de possibilités d’organisation. (…) Il s’agit donc de juger les régies municipales non pas en les considérant comme un moyen de réaliser le socialisme, mais en fonction des services rendus à la population[24]. » Comme le note Paul Thibaut, la classe ouvrière en régime capitaliste s’exprime, pour le PCF, d’abord d’une manière revendicative : il faut améliorer ce qui peut l’être, mais sans tomber dans l’illusion réformiste de surestimer les possibilités immédiates qu’offre la gestion communale[25].

La direction du PCF met donc en garde ses élus comme la tentation du réformisme : il faut se garder du risque du socialisme municipal, qui s’est pensé comme une réponse graduelle aux maux dont souffrent les masses laborieuses et la possibilité d’expérimenter progressivement le socialisme à l’échelon local. La direction politique du PCF rappelle ainsi régulièrement les élus communistes à l’ordre contre le risque du crétinisme municipal. C’est notamment ce que fait Etienne Fajon, membre du bureau politique et responsable de l’éducation, dans une conférence devant les élus communistes de la Seine, le 19 mai 1945, à la mairie de Montreuil :

« Le “crétinisme municipal” est la croyance opportuniste d’après laquelle l’action des Communistes dans les mairies serait capable de changer la face du monde et de résoudre sur le plan local les contradictions de la société capitaliste. La présence à la tête d’un certain nombre de mairies de représentants des partis et courants socialistes petits-bourgeois, non marxistes, nous offre de nombreux exemples de crétinisme municipal. Les élus qui en sont atteints ne tardent pas à mépriser les masses populaires et leurs luttes, à se détacher des masses pour vivre exclusivement à la mairie, oubliant ce que Staline a expliqué avec tant de vigueur, à savoir que la liaison avec le peuple est la source de toute force. Ils en viennent à regarder de haut leur parti et négligent de participer à son action. Si le “crétinisme municipal” gagne un communiste, il s’abstiendra vite d’assister aux réunions de sa cellule ou du comité de section ; il oubliera les notions les plus élémentaires de la discipline du Parti, notamment le principe selon lequel c’est le parti qui dirige dans chaque localité l’action de ses élus, et non le contraire[26]. »

C’est une des raisons pour lesquelles le PCF organise un véritable contrôle politique de ses élus. L’appareil mène en effet un travail constant de lutte contre l’autonomisation des élus. Il contrôle d’abord les nominations des têtes de liste qui se font dans l’intérêt du parti ; le candidat à la mairie, notamment quand il a des chances de l’apporter doit avoir été adoubé par l’appareil[28]. Met le contrôle va plus loin : le PCF tente au maximum d’encadrer le travail municipal, notamment en imposant dans les années 1950 la présence du secrétaire de section communiste au bureau municipal. Comme tous les autres cadres, les élus subissent régulièrement un « contrôle biographique ». Cette politique de « contrôle des cadres » bien étudiée par Paul Boulland s’efforce de garantir la conformité sociologique, biographique et comportementale du personnel politique, en vérifiant leur passé, leurs actions, mais aussi leurs positions à tous les moments forts de la vie du parti. Elle permet de documenter d’éventuels écarts biographiques qui sont autant de moyens de pression sur les cadres. Ainsi, être maire ne suffit pas à accéder à des postes de responsabilités au sein du parti communiste, notamment parce que le PCF cherche absolument à se tenir à distance du modèle de parti d’élus. Georges Valbon, maire de Bobigny et président du conseil général de Seine-Saint-Denis, est ainsi le seul cas recensé de maire ayant rejoint le comité central après son élection[29].

Le PCF propose au contraire aux élus une forme de soumission politique à la ligne du parti en leur rappelant la nécessité de se ressourcer régulièrement dans l’activité communiste pour se préserver du crétinisme municipal :

« Comment se préserver du « crétinisme municipal » :
« 1 ° Améliorer toujours plus ses liaisons avec le peuple ;
2 ° Militer activement dans l’organisation du Parti ;
3 ° Etudier avec soin les documents du Parti ;
4 ° Veiller à développer ses connaissances théoriques pour éviter de sombrer dans le patriotisme étroit. De même que le curé se reporte quotidiennement au bréviaire qui renferme le dogme de sa religion, de même il est souhaitable que l’élu communiste se retrempe constamment aux sources scientifiques, vivantes et sans cesse enrichies du marxisme-léninisme, qui éclaire l’ensemble des problèmes politiques ;
5 ° Entretenir des contacts fréquents avec l’organisme dirigeant du travail municipal ;
6 ° Mener une vie modeste, avec le traitement assigné par le Parti[30]. »

Ce discours intransigeant vis-à-vis de ses élus, le PCF n’a pas toujours en capacité de le tenir et cette ligne d’opposition s’est affirmée de façon plus ou moins radicale selon les époques. Dans les premiers jours de la section française de l’internationale communiste, l’école du propagandiste intègre à ses programmes l’enseignement du socialisme municipal[31]. Dans les années 1920, une dizaine de maires qui refusent le principe du contrôle politique du PCF sur le travail municipal quittent la SFIC pour rejoindre la SFIO[32]. Dans l’âge d’or du communisme municipal, le PCF se fera plus souple malgré l’autonomisation et la notabilisation des élus : seuls deux maires seront sanctionnés entre 1945 et 1970[33].

Le communisme municipal et ses effets

Malgré les tensions entre la doctrine communiste et la pratique des mairies communistes, le communisme municipal a indéniablement joué un rôle fort dans l’enracinement du parti communiste dans la société française. Il a été indéniablement l’occasion de réalisations matérielles, mais il aura surtout été indirectement pour le PCF une vitrine, un laboratoire et un lieu d’ancrage.

bourse du travail saint denis

Bourse départementale du travail de Seine Saint-Denis à Bobigny (Oscar Niemeyer)

Les mairies communistes ont été dans le dispositif de « contre-société » du PCF des vitrines efficaces, des lieux de démonstration non seulement du sérieux des communistes et de leur capacité à gérer des localités, mais aussi de la modernité de la société que proposaient les communistes. Au-delà des réalisations matérielles et des réponses apportées aux besoins de la population, elles se sont pensées comme un laboratoire de la cité communiste, une fenêtre sur un monde à venir. C’est le sens qu’il faut voir dans le soutien accordé à des projets architecturaux novateurs dans le cadre de la reconstruction et de la « renaissance » des villes de la ceinture parisienne d’après-guerre. Le fait que ces villes communistes aient su être des lieux de promotion d’ouvriers, que le PCF ait su donner à ses villes des élus et des édiles ouvriers est aussi un des ressorts forts de cette modernité.

Ces vitrines communistes sont indéniablement des lieux de diffusion d’une culture communiste, qui s’implante d’autant mieux localement qu’elle entre en résonnance avec des traditions locales, un contexte particulier[34]. Elles sont ainsi un faire-valoir d’un communisme tranquille qui infuse dans la commune et diffuse plus largement l’aura communiste dans la société. L’encadrement communiste dans ces cités est favorable à une forme de politisation passive des habitants, les militants des nombreuses associations contrôlées par le PCF veillant à ne rien égarer des besoins populaires, mais aussi à ce qu’ils s’expriment dans certains cadres intellectuels et politiques. L’objectif est clairement de développer une conscience collective favorable au développement du parti — et cela donne des résultats. Paul Thibaud cite un exemple frappant : en 1962, les vingt-deux directeurs d’école d’Aubervilliers, dont aucun n’est communiste, appellent tous à voter pour Waldeck-Rochet[35]. Le communisme municipal est aussi une institution pourvoyeuse d’emplois : elle est une passerelle entre le parti politique et les services municipaux. Mais les services techniques des mairies ont aussi été le foyer d’un activisme militant : la majorité du personnel municipal participe, surtout dans les rangs des ouvriers, au maillage de la société locale.

Ces municipalités communistes remplissent aussi un autre rôle que le parti communiste ne peut pas négliger longtemps. Elles sont aussi un lieu d’ancrage du PCF et lui offrent une assise électorale qui préserve l’appareil en période de décrue. Aux élections législatives de 1958, le PCF subit le raz de marée gaulliste et passe de 147 à 10 députés : ce sont les communes communistes qui lui permettent de conserver ces représentants à l’Assemblée nationale. La constitution de ces bastions est cependant à double tranchant : elle a contribué à produire une implantation du PCF en « archipel » plutôt qu’en « continent » comme l’écrit joliment Roger Martelli[36], faite de fiefs et non d’un enracinement général dans la société française. Peut-être pourrait-on en déduire une hypothèse à approfondir : et si le communisme municipal n’avait finalement pas plutôt permis de préserver plutôt que de développer l’ancrage communiste ? De fait, le communisme municipal s’étend au moment où le PCF entame son déclin électoral. C’est en 1977 que le PCF connaît son apogée en termes de municipalités conquises, une date qui paraît en décalage avec la décrue amorcée dès les années 1960…

Le communisme municipal a peut-être également eu d’autres effets à long terme sur le parti communiste. Le communisme municipal a pu en effet être vu comme un réformisme officieux qui a contribué à la notabilisation du PCF. Emmanuel Bellanger qui a largement étudié les pratiques des élus communistes tout au long du 20e siècle montre comment leur gestion est faite, derrière les affichages de radicalité politique, d’arrangements et de compromis avec l’appareil politico-administratif qu’ils doivent côtoyer (Préfet, administrations, maires des communes voisines). Les élus communistes n’ont pas su ou voulu endiguer la vague de professionnalisation qui a saisi les collectivités locales : ils ont eux aussi recherché à recruter des professionnels de la gestion et à allier efficacité et responsabilité dans leur action municipale[37]. Les élus communistes ont avec le temps souvent été gagnés par la tentation gestionnaire qui tient lieu de perspectives et remplace l’idéal de lutte, notamment quand l’appareil s’effondre ou perd de sa force d’attractivité. Comme le note le site « Convergences révolutionnaires », les maires communistes vont gagner progressivement en poids dans l’appareil où ils pèsent d’autant plus que les mairies servent de refuges pour des permanents et militants privés d’emploi, fournissent leurs moyens matériels et humains pour la fête de l’Huma. Enfin, les villes communistes ont aussi clairement développé des réseaux de fidélisation clientélaires qui progressivement peuvent se retourner contre l’entreprise de politisation lancée par le PCF. Paul Thibaut note ainsi que la reconnaissance tient une grande part dans cette politisation passive des villes communistes et décrit le chantage que subissent certains vendeurs de l’Humanité dimanche : « Si vous ne mettez pas un feu rouge, si vous ne nettoyez pas le caniveau, je n’achète plus votre journal ». Il pointe notamment que l’électorat des villes communistes peut très bien selon les périodes et les enjeux passer sans état d’âme du vote communiste aux élections locales au vote gaulliste aux élections nationales (référendums et présidentielle)[38].

Comme le notent certains auteurs, le communisme municipal a peut-être aussi contribué à sa manière à « contenir le désordre social », en acceptant une forme de répartition des rôles politiques en se contentant de cette implantation dans ses fiefs et de sa fonction tribunitienne[39]. Pour Paul Thibaud, les pouvoirs publics se sont largement accommodés de cette représentation municipale communiste, qui assurait un rôle de régulation en s’efforçant de contenir le désordre social dans ces territoires populaires : « Tout se passe comme si on laissait le PCF faire son travail social de quartier et retirer un profit politique » — pendant que les véritables orientations politiques étaient définies ailleurs et sans lui…

Que retenir du projet communiste de contre-société ?

Au terme de cette plongée dans le monde communiste des années 1950, que retenir de cette entreprise de construire et proposer une contre-société ? Evidemment, le contexte propre joue en grande partie sur les formes d’activités politiques que propose alors le parti communiste et rien ne pourrait être reproduit à l’identique — mais serait-ce vraiment souhaitable ?

Il y a bien évidemment un certain nombre d’écueils dans l’expérience communiste des années 1950 qui doivent être analysés pour ne pas être reproduits. Le premier est sans doute l’enfermement intellectuel dans lequel étaient maintenus les militants – corollaire pourtant d’un vrai effort de formation politique. Mais l’engagement valorisé par l’appareil communiste ne tolère aucun esprit critique et ne recherche pas la confrontation des idées comme source d’intelligence collective. Il va donc de pair avec une forme d’infantilisation des militants qui est évidemment à éviter. Un second écueil réside certainement dans l’instrumentalisation des organisations de masse et elle porte en elle la tension qui s’installe progressivement entre ces appareils et l’organisation du PCF qui aboutira à leur autonomie, notamment au moment où le PCF perdra de sa force d’attraction. Enfin la gestion municipale a été le lieu d’une tentation gestionnaire et du développement de formes de clientélisme qui sont à bannir.

Pourtant tout n’est pas à rejeter et loin de là dans les pratiques du parti communiste français des années 1950 – nous aurons l’occasion dans d’autres séances de revenir sur la façon dont il a tenté de créer un parti permettant matériellement l’implication des classes populaires et leur entrée dans la vie politique, notamment par un système ambition de formation politique.

Il faut d’abord souligner une véritable compréhension du monde social qui lui a permis de saisir que si tout est politique, tout ne s’aborde pas frontalement par la politique. C’est parfois par des voies détournées qu’on y arrive le mieux. Le PCF a donc réussi à mettre sur pied un système qui lui permettait de « faire du communisme sans avoir l’air ». Par les organisations de masse et le communisme municipal, il a pu bénéficier de puissants relais dans la société lui permettant de multiplier son audience et d’infuser au-delà de sa zone d’influence stricte.

Il y a aussi dans l’expérience communiste des années 1950 une capacité à coller au moment et à proposer des activités en phase avec le développement de la société qui est à appuyer. Nous avons souligné le parallèle qui pouvait être dressé entre les activités proposées par l’Eglise catholique et celles proposées par le PCF. Elles sont surtout des activités en phase avec les aspirations sociales du moment : c’est notamment parce qu’il existe de nombreuses organisations parapolitiques que le PCF les choisit pour mener sa « liaison avec les masses ». Si l’on devait transposer les tentatives d’ancrage du communisme dans la société française aujourd’hui, il faudrait sans doute réfléchir à quelles activités correspondraient aujourd’hui le mieux.

Enfin, une autre conclusion s’impose : une telle tentative d’emprise sur la société n’a été rendue possible qu’avec des moyens humains colossaux et présuppose une forme d’organisation préexistante déjà développée. Mais plus encore, elle requiert une cohérence idéologique forte et que l’organisation politique à l’origine de cette entreprise de contre-société soit une force d’attraction sociale évidente — ce qui est aujourd’hui des éléments dont nous sommes loin de disposer encore…

Sylvie Aebischer

[1]Cet article n’a évidemment pas été écrit par une spécialiste du Parti communiste et c’est donc bien une plongée bibliographique sur le PCF des années 1950, à partir de questionnements militants, qui est présentée ici.

[2] Annie Kriegel, les communistes français, Seuil, 1968 — particulièrement chapitre 6 « la pluralité des pratiques militantes » et pp. 95 à 100. Voir notamment les extraits diffusés en amont de notre séance.

[3] Jean Montaldo, La France communiste – Un Etat dans l’Etat, Albin Michel, 1978.

[4] Annie Kriegel, op. cit. p. 92

[5] Julian Mischi, Servir la classe ouvrière — Sociabilités militantes au PCF, Presses universitaires de Rennes, 2010 (p. 107)

[6] Paul Thibaud, « Le communisme municipal », Esprit, n° 353-10, octobre 1966 (p.  13)

[7] Jean Montaldo, op. cit.

[8] Axelle Brodiez, Secours populaire français.1945-2006, Presses Sciences Po, 2006 (Annexes)

[9] Jean Montaldo, op. cit.

[10] Julian Mischi, op. cit (p. 245)

[11] Julian Mischi, ibid. (p. 249)

[12] Sandra Fayolle, L’Union des Femmes Françaises : une organisation féminine de masse du parti communiste français (1945-1965), Thèse de doctorat de science politique sous la direction de Philippe Braud, Université Paris I, 2005 (p. 77 et suivantes).

[13] Axelle Brodiez, « Le Secours populaire français dans la guerre d’Algérie – Mobilisation communiste et tournant identitaire d’une organisation de masse », Vingtième Siècle, 2006/2 (n90)

[14] Cité par Julian Mischi, Servir la classe ouvrière, p. 245

[15] Ibid. p. 246

[16] Paul Thibaud, art. cit.

[17] Julian Mischi et Emmanuel Bellanger, « Retour sur le “communisme municipal”, Entretien pour la revue du Projet, PCF, 2013

[18] Roger Martelli, « Communisme municipal : les transformations d’un espace local », article pour le site La ville en Commun, mai 2015

[19] Emmanuel Bellanger, « Spécificités, continuité et uniformisation de la gestion communiste dans les communes de la Seine » in Jacques Girault, Des communistes en France, années 1920  années 1960, Publications de la Sorbonne, 2002 (p. 306)

[20] Julian Mischi et Emmanuel Bellanger, art. cit.

[21] Sylvie Rab, « Culture et loisirs, l’encadrement des prolétaires » in Annie Fourcaut, Banlieue rouge 1920-1960 – Années Thorez, années Gabi : archétype du populaire, banc d’essai des modernités, Autrement, 1992­. (p. 96)

[22] Arnaud Baubérot, « L’enfance en rouge et noir. Colonies de vacances communistes et catholiques à Ivry-sur-Seine dans l’entre-deux-guerres », — Bantigny Ludivine, Baubérot Arnaud (dir.), Hériter en politique. Filiations, générations et transmissions politiques (Allemagne, France et Italie, XIXe-XXIe siècle), PUF, 2011 — (p. 117)

[23] (p. 120)

[24] Cité par Paul Thibaut, art. cit. (p. 416-417)

[25] Paul Thibaut, ibid. (p. 418)

[26] Cité par Emmanuel Bellanger, « Spécificités, continuité et uniformisation de la gestion communiste », p. 307-308

[27] Voir notamment Aude Chamouard, Une autre histoire du socialisme – Les politiques à l’épreuve du terrain (1919-2010), CNRS éditions, 2013.

[28] Emmanuel Bellanger, « Le » communisme municipal » ou le réformisme officieux en banlieue rouge » in Emmanuel Bellanger (dir.) Julian Mischi, Les territoires du communisme – Elus locaux, politiques publiques et sociabilités militantes, Armand Colin, 2013 (p. 2 -52)

[29]  Emmanuel Bellanger, ibid. (p. 49)

[30] Cité par Emmanuel Bellanger, « Spécificités, continuité et uniformisation de la gestion communiste », p. 307-308

[31] Emmanuel Bellanger, ibid. (p. 297)

[32] Emmanuel Bellanger, « Le » communisme municipal » ou le réformisme officieux en banlieue rouge » (p. 2 )

[33] Ibid. (p. 26)

[34] Michel Hastings, Halluin la rouge 1919-193 — Aspects d’un communisme identitaire, Presses universitaires de Lille, 1991

[35] Paul Thibaud, art. cit. (p. 419)

[36] Roger Martelli, L’archipel communiste – Une histoire électorale du PCF, Editions sociales, 2008

[37] Emmanuel Bellanger, « Le » communisme municipal » ou le réformisme officieux en banlieue rouge » (p. 4 )

[38] Paul Thibaud, art. cit. (p. 421)

[39] Georges Lavau, A quoi sert le Parti communiste français ?, Fayard, 1981. Compte-rendu en ligne disponible sur Persée.

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