Aurélie Trouvé, ingénieure agronome, auteure de « le business est dans le pré »  nous a fait le plaisir d’accepter de porter avec nous cette cinquième causerie « le bonheur est dans le pré – comment nous avons changé de modèle agricole« . Nous lui avions soumis nos questionnements sur l’agriculture (Voir notamment la présentation des constats par Fabien Marcot en introduction). En reprenant l’exercice du récit d’anticipation, elle a choisi de nous dresser d’abord le portrait d’une agriculture idéale avant de lister les voies et moyens pour y arriver.

Retrouvez ci-dessous le compte-rendu de l’intervention d’Aurélie Trouvé, suivi des questions des lilas.

– Quelle agriculture imaginer ?
– Les leviers et solutions pour maintenir l’emploi agricole en rétablissant des prix rémunérateurs
– Les questions des lilas

 

 I/ Quelle agriculture imaginer ?

Plutôt que de faire le seul constat des problèmes que traversent les paysans et les consommateurs aujourd’hui, je vais me projeter dans le futur et parler de l’agriculture et de l’alimentation qui seraient souhaitables du point de vue de la société, en incluant une réflexion sur les moyens qui seraient utilisés pour y arriver.

Des recherches et des alternatives existent déjà

Le sujet est extrêmement ambitieux et il faut être modeste. Beaucoup de monde travaille sur ce que serait un autre modèle mais personne n’a de vision achevée et complète.

Ma spécialité, ce sont les politiques agricoles et en particulier les politiques agricoles communes. Je collabore avec des réseaux paysans ou experts qui travaillent sur les alternatives. Il existe le scénario Afterres, sorte de déclinaison du scénario Négawatt dans le secteur agricole, le réseau de formation du monde paysan, appelé le réseau des CIVAM. La confédération paysanne et la fédération nationale de l’AGRIBIO réfléchissent aussi à ces alternatives.

Aujourd’hui ces recherches de nouveaux modèles existent aussi bien du côté paysan que du côté des consommateurs qui se mettent à des pratiques alternatives mais aussi collectives, telles les AMAP ou les épiceries sociales et solidaires, des sortes de grosses AMAP, qui mettent en relation des paysans avec des populations très défavorisées, permettant de faire le lien entre des agriculteurs et des consommateurs précaires. C’est le dépassement de l’aide alimentaire classique.

 De nombreuses d’alternatives existent donc aujourd’hui dans le monde agricole et alimentaire, j’essaierai de m’en faire l’écho en ayant une vision systémique qui embrasse les questions socio-économiques et environnementales, parce qu’évidemment, l’agriculture concerne l’eau, les sols, les paysages, le climat. Il faut tout tenir à la fois. Projetons-nous dans cette agriculture souhaitable de manière non exhaustive et subjective !

Maintenir des emplois décents et rémunérateurs !

Premier enjeu : l’agriculture doit maintenir l’emploi. On peut s’interroger sur le pourquoi, alors que les agriculteurs représentent moins de 3% des actifs en France ! Dans l’agriculture, on supprime plus de 20000 emplois par an, c’est-à-dire quasiment la moitié des pertes d’emploi dans l’industrie. Mais cela se passe de manière très silencieuse. En Europe, des pays comme le Portugal ou la Grèce comptent encore plus de 10 % de leurs actifs dans l’agriculture. En Roumanie ou en Pologne, on atteint 20, 30, voire parfois 40 % dans certaines régions. L’emploi est donc encore un enjeu extrêmement important dans un contexte de chômage de masse.

 Mais l’agriculture doit surtout maintenir un emploi décent et rémunérateur dans le cadre d’une agriculture la plus familiale possible. Certaines productions, arboricoles, viticoles etc., connaissent de grosses pointes de travail. Le travail saisonnier est important et le sera sans doute encore longtemps. Dans ce cas-là, il faut prendre en compte la question des droits des saisonniers, du travail non permanent en agriculture : il représente quasiment un million d’emplois en France. C’est énorme. Nous assistons à une précarisation des formes de travail dans l’agriculture avec les travailleurs détachés. Les différents rapports qui sont sortis sur ce sujet, comme celui du Sénat, montrent que l’agriculture serait sans doute le deuxième secteur, après le bâtiment et les travaux publics, pour l’emploi de travailleurs détachés. Sans compter toutes les formes précaires de travail qui peuvent aller du travail au gris au travail au noir, partiellement ou complètement non déclaré.

Un travail décent et rémunérateur pour les paysans, pour les responsables d’exploitation, cela signifie des revenus qui soient réellement rémunérateurs. Ces deux dernières années, on estime que le quart des producteurs de lait ont sorti des revenus négatifs. Aujourd’hui, les prix ne couvrent pas les coûts de production et sont extrêmement instables. Dans notre monde idéal, les prix devraient être stabilisés pour que les productions soient un minimum rémunératrices. Une grande revendication du  monde paysan, très compréhensible, c’est que ce ne soit pas les aides qui permettent de vivre. Ce qui est le cas aujourd’hui, puisque l’essentiel des revenus agricoles proviennent des aides publiques, de la PAC en l’occurrence. Dans certaines productions (les bovins lait-viande, les céréales, les ovins, les caprins…) et suivant les années, les aides peuvent occuper la moitié, voire l’entièreté du revenu agricole. On peut donc espérer que dans cette agriculture souhaitable il y ait des revenus rémunérateurs.

C’est sans doute à cette condition que l’on peut exiger, dans une sorte de contrat social entre les agriculteurs et l’Etat, un vrai respect de l’environnement et des droits sociaux. Actuellement par exemple, cela fait 3 ans que les prix chutent complètement. C’est compliqué d’aller devant une assemblée d’agriculteurs, a fortiori dans certaines régions ou dans certaines productions, et de leur dire, « Ecoutez, ça ne va pas du tout : respectez l’environnement… », alors qu’ils n’arrivent pas à vivre correctement.

 Dans notre monde idéal serait maintenue l’exploitation agricole de montagne, qui comporte des handicaps naturels aux coûts importants. Il faut garder des montagnes avec des pâturages, ce qui est très avantageux du point de vue touristique et aussi dans la lutte contre l’érosion des sols.

Pour une agriculture économe et autonome !

 Le réseau des CIVAM parle d’une « agriculture économe et autonome », c’est-à-dire une agriculture qui aurait des coûts de production beaucoup mieux maîtrisés. Quand on dit « économe », il ne s’agit pas de remplacer du travail par du capital, c’est-à-dire de substituer au travail des machines. Prenons l’exemple du lait : on a introduit la salle de traite, puis le robot de traite. On a par ailleurs des machines de plus en plus perfectionnées, capables en un rien de temps de labourer d’énormes parcelles.

Plutôt que de remplacer du travail par du capital, il faudrait baisser les coûts de production et rendre les exploitations plus autonomes. Plus autonomes par exemple en alimentation animale. Comment peut-on s’y prendre ? En développant à nouveau l’herbe et le pâturage plutôt que d’acheter le maïs et le soja (largement OGM et importé à plus de 80 % des Amériques). Plus autonomes aussi pour l’alimentation animale, dont on baisserait le chargement, c’est-à-dire le nombre de bêtes par hectares, et dont on baisserait la production par animal avec des races plus rustiques mais moins coûteuses en produits vétérinaires.

On irait vers des productions moins exigeantes en bâtiments, notamment pour l’élevage, qui devrait être en plein air. On se tournerait vers des cultures moins exigeantes en engrais, pesticides, apports chimiques, parce qu’on redévelopperait les rotations culturales et leur diversification. Ainsi, les légumineuses permettent d’apporter « naturellement » de l’azote dans les sols. On aurait également une meilleure complémentarité entre culture et élevage.

Rediversifier les productions dans un même territoire !

Aujourd’hui, on spécialise de plus en plus les territoires : le Grand Ouest se spécialise dans l’élevage, et le bassin parisien, dans la grande culture. Si l’on souhaite développer une réelle agro-écologie, c’est-à-dire une agriculture fondée sur l’autonomie des exploitations, il faut remettre de l’élevage et de l’agriculture dans les mêmes régions, dans les mêmes territoires, voire dans les mêmes exploitations, notamment pour que les effluents d’élevage (les déchets d’élevage) servent à nourrir les sols avec de l’azote organique plutôt qu’avec de l’azote chimique. A l’inverse, les cultures doivent servir à l’alimentation animale. Cette complémentarité culture/élevage est un des fondements de l’agro-écologie.

Cela permet aussi de relocaliser les activités et les circuits de consommation. Aujourd’hui à Paris et dans la région parisienne, on veut pouvoir relocaliser afin de fournir massivement les cantines scolaires (et celles du pourtour parisien) en produits régionaux (fruits, légumes, produits d’élevage…). Or, c’est  quasiment impossible dans les conditions actuelles. Il faut donc rediversifier les productions dans un même territoire.

Les avantages des circuits courts

 Le développement des circuits courts permet de baisser ce qui revient aux intermédiaires : un circuit court serait un court-circuit des intermédiaires !

En outre, du point de vue de l’environnement, les circuits courts répondent à trois grands enjeux : la qualité des eaux et des sols, la protection de la biodiversité (y compris la biodiversité cultivée ou élevée) et la lutte contre le dérèglement climatique. Face au changement climatique, l’agriculture a un gros potentiel de captage du dioxyde de carbone dans les sols notamment en développant les couverts végétaux et les prairies : certaines variétés végétales sont particulièrement capables de capter le dioxyde de carbone. Or, les surfaces des prairies en France ne cessent de diminuer partout, notamment dans le Grand Ouest, alors que c’est un énorme stockeur de carbone.

Dans notre modèle futur, les systèmes de production agricole seraient donc très divers et différents de ceux d’aujourd’hui.

Tendre vers le tout bio, est-ce suffisant ?

 Dans le scénario Afterres, tout n’est pas bio. La part de la production bio est un catalyseur, une sorte de prototype de ce qu’il faudrait faire : lier la production bio à la question de l’économie des exploitations. En effet, il est tout à fait possible de produire du bio tout en augmentant ses consommations intermédiaires, ses charges. Il faut donc que le développement du bio aille de pair avec celui d’exploitations autonomes vis-à-vis des industries d’aval et d’amont, vis-à-vis des intrants. L’enjeu n’est donc pas de tout passer en bio, mais de passer progressivement à une agriculture bio et autonome.

Le bio représente aujourd’hui 4 % des surfaces en France, mais il est en plein développement, même si sa part est encore insuffisante. Pour le lait de vache, près de 15 % de la collecte en France est soit en bio, soit en produit de qualité, soit d’appellation d’origine protégée de type Comté, soit en circuit court. C’est extrêmement peu puisque 85 % de la production sont constitués de lait standard sans signe de qualité et sans signe de circuit court.

Quels points d’appui pour développer le bio ?

Produire du bio est une rupture avec les trajectoires de la majorité des exploitations aujourd’hui. Pourtant, il existe des points d’appui. Le bio est en hausse et en France il y a une vraie tradition d’appellation d’origine. Certaines productions marchent très bien. Le Comté est, à cet égard, exemplaire, avec une pluriactivité importante dans beaucoup d’exploitations, des gîtes, des fermes auberges, la transformation à la ferme et de nombreuses initiatives, des coopératives (même si certaines adoptent, du fait de leur immense croissance, des comportements de multinationales). Les petites coopératives, de taille humaine, économiquement performantes, arrivent à tenir face aux mastodontes. C’est le cas de Biolait, une petite coopérative de collecte de lait bio à taille humaine, au fonctionnement très démocratique, où les producteurs sont au centre des productions et arrivent à imposer des prix, en tout cas pour l’instant, face à Lactalis et aux multinationales. Il y a aussi les CUMA, des coopératives de mutualisation de matériel agricole, qui permettent aux agriculteurs d’emprunter une moissonneuse-batteuse ou un gros matériel. Cette mutualisation du matériel participe d’une agriculture économe et autonome. Il y a énormément de CUMA en France. Voilà le type d’initiatives sur lesquelles on peut s’appuyer.

Le rôle du consommateur

Pour continuer et finir sur ce portrait idéal de l’agriculture et de l’alimentation, il faut se placer à présent du côté de la consommation et prôner une relocalisation de celle-ci. La seule façon de connaître l’origine et le mode de production de son alimentation, c’est qu’elle vienne d’à côté ou en tout cas de marchés relativement proches. C’est la seule façon aujourd’hui de restaurer un vrai lien entre les producteurs et les consommateurs, pour que ces derniers aient un vrai poids et une vraie vision de la façon dont sont produits les aliments.

Il faut augmenter la consommation des produits d’origine régionale ou de la grande région dotés d’une forte qualité nutritionnelle. Il faut rendre le bio le plus accessible à tous. Cela passe par son introduction dans les cantines scolaires et dans la restauration collective hors domicile. On peut manger bio et des aliments de qualité, même si on nous rétorque souvent que le bio coûte beaucoup plus cher. Des études actuelles montrent que manger bio ne coûte pas beaucoup plus cher, à condition cependant de pouvoir diminuer notre consommation de produits animaux (du fait du prix de la viande) et de pouvoir cuisiner davantage à la maison pour acheter moins de produits transformés.

Alimentation saine, réduction du temps de travail, redistribution des richesses… Tout est lié !

La mise en place d’un nouveau modèle agricole suppose de tout repenser. Et c’est génial ! Cette question demande de réfléchir à un ensemble d’autres politiques, pas aux seules politiques agricoles et alimentaires. Elle implique de défendre les 35 heures, voire les 32 heures, pour avoir le temps de cuisiner chez soi, de s’impliquer dans un magasin de producteurs ou d’aller sur un marché de producteurs locaux. Cela exige un ensemble de politiques sociales, notamment la redistribution des revenus.

Ce n’est pas aux paysans de supporter les conséquences du fait que le consommateur a de moins en moins d’argent. Actuellement, si l’on restaurait des prix agricoles rémunérateurs, les paysans pourraient vivre mieux, mais les plus pauvres ne pourraient plus se nourrir correctement.

Il convient donc de revoir la redistribution des revenus pour que tout le monde puisse acheter aujourd’hui des produits bios : ces derniers ont un coût, même si l’on diminue la part de consommation de produits carnés ou de produits transformés en cuisinant soi-même.

La part de nos revenus que nous consacrons à l’alimentation est de moins en moins importante. Aujourd’hui, elle représente 10 à 15 % de nos revenus, contre 20 à 30 % il y a 50 ans, parce que d’autres secteurs, notamment le logement, ont extrêmement augmenté. Est-il normal que l’on consacre aussi peu à notre alimentation ?

La plupart des études aujourd’hui s’accordent sur le fait que les classes sociales les plus défavorisées ont un déficit de consommation de fruits et légumes et que pour le bio, l’obstacle financier est très clair. Seule une certaine classe sociale accède au bio, même si ce n’est pas complètement automatique.

Changer nos habitudes de consommation

Si tout le monde consommait comme un consommateur américain et même européen, il faudrait plusieurs planètes pour se nourrir. Cela pose la question du gaspillage alimentaire qui, en France en tout cas, est énorme au niveau du consommateur. Alors que, dans les pays du Sud, le gaspillage intervient au niveau du stockage et des transports, dans les pays du Nord, il se produit essentiellement au niveau de la distribution et de la consommation.

Il convient également de réfléchir à la part carnée de son alimentation : avec un hectare on se nourrit beaucoup plus (en kilocalories) avec des produits végétaux que des produits animaux.

Changer de modèle agricole, est-ce aggraver la faim dans le monde ?

On nous rétorque souvent : “Vous voulez affamer le monde !”. Parce qu’évidemment les systèmes autonomes, ça demande de produire un peu moins en volume par actif agricole, par animal et par hectare. Les études montrent que le bio produit moins en volume sur une surface donnée que le non bio. En contrepartie, il faut changer de modèle alimentaire, en réduisant notamment le gaspillage.

Changer de modèle agricole, est-ce plomber la balance commerciale ?

On nous pose également la question de la balance commerciale. Quand la balance commerciale est très négative, la balance commerciale agricole est positive. Ce qu’on peut répondre c’est :
1- On propose de produire mieux : ce n’est pas tant le volume qui importe que la valeur ajoutée, c’est à dire la valeur moins les consommations intermédiaires.
2- Vis-à-vis de la balance commerciale, il faut aussi réfléchir à son contenu, c’est-à-dire aux imports qui rendent possibles les exports : il a fallu importe de l’énergie (premier port d’import en France), du soja etc. Il convient de se tourner vers le marché intérieur et de développer les productions sur lesquelles nous avons un fort déficit, telles les protéines végétales et le soja. Depuis des dizaines d’années, nous lançons des plans « protéines végétales », qui ont manifestement du mal à marcher. Pourtant, nous avons un vrai déficit en protéines végétales, pour des raisons historiques : nous avons complètement ouvert les droits de douanes sur ces produits dans les années 1960, et maintenant, nous importons 80% du soja. Restaurer la balance commerciale implique de soutenir vraiment ces productions-là, ainsi que les fruits et légumes.

Relocaliser et diversifier : au Nord comme au Sud !

Les pays du Sud sont dans la même problématique que nous : l’objectif est que le monde entier se nourrisse et non que le Nord nourrisse tout le monde ! Aujourd’hui, même la banque mondiale admet, comme toutes les institutions internationales, que le premier objectif est de développer les agricultures de chaque pays et de chaque région du monde.

Les divergences reposent sur les types d’agriculture. Il faut savoir que l’agriculture familiale (prônée par l’ONU) représente encore l’essentiel de la production agricole dans le monde et qu’elle permet de donner une autonomie vis-à-vis des marchés alimentaires internationaux. En 2008-2009, la flambée des prix alimentaires a entraîné des émeutes de la faim et des tensions géopolitiques très fortes. On (notamment la banque mondiale) s’est alors rendu compte que les pays d’Afrique subsaharienne étaient devenus très dépendants sur le plan alimentaire et étaient obligés d’importer massivement du riz, dont les prix avaient flambé en 2008-2009. Or quand les prix flambent, ces pays sont incapables de s’approvisionner.

Garantir au pays du Sud une autonomie vis-à-vis des marchés et des multinationales

La solution n’est pas de vendre des OGM aux pays du Sud, au contraire ! Les pays du Sud doivent être le plus autonomes possible par rapport aux achats de semences extérieures, ils doivent pouvoir nourrir leur population avec leur propre agriculture. Il leur faut des moyens qui ne soient pas des OGM, des grosses machines, des engrais chimiques, mais au contraire des lieux de stockage, des moyens de transports, voire des outils parce qu’aujourd’hui la plupart de l’agriculture mondiale n’est pas motorisée, n’a même pas d’attelage, de sélection variétale, d’intrants chimiques etc. Donner au pays du Sud des moyens de stockage et de transport, c’est leur donner les moyens de se protéger.

Quelles perspectives pour les pays du Sud aujourd’hui ?

Ce n’est pas l’OMC qui s’est attaquée au démantèlement des protections de ces pays-là. Il s’est fait par le biais des plans d’ajustement structurel des années 1980, mis en place par la banque mondiale et le FMI, puis par les accords de partenariats bilatéraux ou multilatéraux comme celui qui est encore en cours de négociation (car certains pays, comme le Nigéria, résistent, tandis que d’autres ont baissé les bras depuis longtemps).

Les anciennes colonies européennes, notamment françaises – une cinquantaine de pays d’Afrique, des Caraïbes, du Pacifique – avaient auparavant le droit d’accéder sans droits de douane aux marchés occidentaux tandis que ces pays avaient le droit de se protéger vis-à-vis de la France, de l’Europe et du reste du monde. Mais on a exigé, pour qu’ils puissent continuer à avoir accès aux marchés du Nord, qu’eux aussi ouvrent leurs marchés. On est passé des accords de Lomé et Yaoundé aux accords de partenariat économique. Les moyens de pression  et de chantage ont été énormes : « si vous signez, on continuera notre aide au développement, dans le cas contraire on coupera les aides et l’accès à nos marchés »…

II- Les leviers et solutions pour maintenir l’emploi agricole en rétablissant des prix rémunérateurs

Afterres a énormément travaillé sur ces questions d’agriculture, d’alimentation alternative, d’alimentation et d’emploi. Leurs études montrent que l’on pourrait maintenir, voire développer l’emploi agricole à l’échelle de la société. Que faut-il faire pour arriver ?

1.    Re-réguler les marchés agricoles, même en bio !

Si le bio se développe, mettons à 20 ou 30% de la consommation, et qu’on le dérégule, il pourra y avoir des crises de surproduction, des prix qui font le yoyo. Aujourd’hui, les prix sont extrêmement volatils : on a aligné les prix européens sur les prix internationaux, qui sont essentiellement tirés par les exports. Or les exports, par exemple en lait, c’est 7% de la production mondiale. Ce sont ces 7% qui font l’essentiel de la production parce qu’on a aligné les prix domestiques sur les prix de l’export.

2.    Restaurer les droits de douane pour certaines productions

Cela permettrait un bien meilleur partage de la valeur ajoutée : il faut pouvoir absolument réguler les marges de façon directe ou indirecte. Certains le font quasiment de manière directe : aux Etats-Unis, dans la production laitière, on ne se gêne pas… De fait, les marges en aval dans les industries agroalimentaires sont régulées et encadrées.

3.    Inciter les producteurs à s’organiser avec des coopératives de collectes par bassin, pour faire face à la grande distribution

Je reviens rapidement sur le comté, parce que c’est un bon exemple. Une organisation interprofessionnelle s’est mise en place entre les producteurs de lait et les transformateurs, afin de préserver leur tissu d’une centaine de fromageries locales. Ils ont un cahier des charges extrêmement strict, tant au niveau de la production qu’au niveau de la fabrication. Chaque année, ils se partagent la valeur ajoutée en se fixant des prix pour chacun et des volumes de tonnes de comté à ne pas dépasser… Ils ont réussi à se protéger de grands groupes comme Lactalis, ce que n’ont pas réussi des appellations comme le Roquefort par exemple. Au niveau territorial, il est possible aussi de s’organiser avec du temps. Il y a bien sûr des pressions énormes, y compris dans le comté. Certains réclament le robot-traite afin d’augmenter la production, étant donné que les prix sont bons. L’enjeu, c’est de résister collectivement à cela, en se disant : « Si on a plus de volume, on aura un produit qui sera de moins bonne qualité, on sera moins payés ».

4.    Réguler le volume de production au niveau européen.

On l’a vu : depuis 3 ans, il y a trop de lait sur les marchés internationaux, on est en crise de surproduction au niveau européen. En 2012-2013, comme les prix étaient bons, beaucoup de producteurs ont voulu produire, produire, produire… Il faut absolument trouver des moyens de plafonner les volumes. Vous allez me dire, attendez, on n’est pas en URSS ! Mais on l’a fait en Europe : l’Europe a été capable d’avoir des prix minimum garantis sur les grandes productions et d’avoir des quotas laitiers avec des plafonnements de production par Etat, par exploitation et par département en France : on a fixé la production laitière dans chaque département pour continuer à avoir de la production laitière dans chacun d’eux, afin d’éviter que tout ne se concentre là où la production était la plus rentable. On est en train de tout bazarder ! Les quotas laitiers, c’est fini, les droits de plantation de vignes, c’est en train d’être bazardé, les quotas sucre, c’est en train d’être bazardé mais ça a existé et on ne peut pas s’en sortir sans y revenir. A cet égard, il y a eu une toute petite victoire l’année dernière au niveau européen : l’année dernière, la crise a été tellement énorme qu’il y a eu des aides à la baisse de production laitière, qui ont permis de limiter un peu la crise de surproduction.

5.    Stopper les accords de libre-échange

Ils sévissent, en ce moment, dans toutes les régions du monde, et il y a peu à en dire : il faut les arrêter…

6.    Redistribuer les aides de la PAC

Des aides de la PAC ne devraient pas être distribuées par hectare mais par actif, pour avantager les exploitations en fonction du nombre d’emplois. Il faut qu’elles soient de vraies aides aux revenus, et qu’elles soient d’autant plus importantes que les cours sont bas. Elles devraient être entièrement conditionnées à un contrat environnemental de changement des pratiques : la société vous permet d’avoir un revenu rémunérateur si vous acceptez de vous engager dans une transition écologique. Certains économistes de l’Académie d’agriculture de France travaillent sur ces bases-là. Ce n’est pas complètement révolutionnaire, mais cela demande un changement profond du compromis à l’échelle européenne.

Il serait souhaitable que les aides soient couplées à un changement de production, pour soutenir par exemple les protéines végétales, diversifier les filières et développer la rotation culturelle sur les exploitations. Il y a donc des solutions, mais elles supposent un fort volontarisme politique.

7.    Agir sur les habitudes de consommation, notamment dans la restauration collective

La consommation constitue un autre levier important, en particulier la restauration collective et les cantines scolaires. C’est pour moi le seul moyen aujourd’hui en France pour que chaque enfant puisse manger bio quelle que soit sa couche sociale, et avoir une éducation au goût. Cela implique d’avoir des cuisines et des cuisiniers sur place, mais aussi de remunicipaliser les cantines. A Montreuil, qui est historiquement une mairie communiste (même s’il y a eu pendant 5 ans les Verts), les cantines ont été privatisées et c’est extrêmement compliqué de revenir à du bio, de développer des filières régionales… Et pourtant je trouverais ce serait une mesure sociale et écologique géniale dans une ville comme Montreuil, qui a des quartiers populaires et où, pour atteindre le premier magasin bio, il faut faire pas mal de kilomètres en bus… Mais cela impliquerait, notamment dans les appels d’offres, de privilégier les producteurs locaux, ce qui est interdit par le droit de la concurrence européen : on n’a pas le droit, dans un appel d’offre, de dire “je veux 50% de producteurs locaux” et on n’a pas le droit d’aider une collectivité à passer par des producteurs locaux. Le bio, c’est possible, mais pas les producteurs locaux parce que c’est dit “anti-concurrentiel”.

Vous allez me dire : “c’est pas faisable” ? mais le Canada (enfin, jusqu’à la signature du CETA…) le font très bien, et les Etats-Unis également. Ce qu’ils appellent le “Buy American Act” permet de préférer les producteurs locaux et même de distribuer des aides aux collectivités locales afin qu’elles soutiennent les producteurs locaux, dans l’agriculture comme dans d’autres secteurs économiques. Et là, on arrive au cœur du problème – je finirais là-dessus, qui est la question de l’Europe libérale.

8.    Remettre en cause l’Europe actuelle

La mise en place de toutes ces solutions implique une remise en cause profonde de l’Europe néolibérale actuelle, notamment sur la question de l’harmonisation… Par exemple, en Allemagne, les coûts de transformation du porc (abattage, etc.) sont beaucoup plus faibles qu’en France, notamment parce qu’il y a des abattoirs beaucoup plus compétitifs, énormes, beaucoup plus mécanisés et automatisés, avec une part de travailleurs détachés très importante ; mais cela veut dire aussi des problèmes territoriaux, des pertes d’emplois, etc. Or je pense qu’on est obligés, pour développer l’agriculture  paysanne et familiale, d’harmoniser vers le haut les conditions sociales et fiscales. Cela dit, en matière d’environnement, je ne taperais pas trop sur l’Europe, parce que la France n’est pas un modèle et que l’Europe nous a parfois fait avancer : je pense à la directive nitrates, et à plusieurs directives environnementales. En revanche, sur le social, c’est une catastrophe : l’Europe ne s’occupe pas de social ; les pays du Nord de l’Europe le répètent très souvent : la PAC ne fait pas de social, cela relève des Etats. Or, tant qu’on n’aura pas mis en œuvre d’harmonisation sociale et fiscale par le haut en Europe, il sera très compliqué de mettre en œuvre toutes les politiques dont je vous ai parlé, parce que l’agriculture qui se développe représente une concurrence féroce pour les agricultures paysannes et familiales.

9.    Refonder la politique commerciale internationale

Sur la question de l’ouverture des échanges avec le reste du monde, je vous ai parlé des accords de libre-échange, qu’il faut absolument stopper. Mais il faudrait aussi mener une refondation ambitieuse de la politique commerciale internationale, pour qu’elle soit fondée non pas sur la libéralisation des échanges, comme ce fut le cas avec le GATT puis l’OMC (notamment avec l’accord signé en 1994), mais sur la coopération, la solidarité, les droits humains fondamentaux, le progrès social et écologique.

Je ne sais pas s’il faudrait refonder l’OMC, ou créer une autre organisation internationale ; quoi qu’il en soit, on ne peut pas se passer aujourd’hui d’une politique commerciale internationale, car certaines questions, comme celle du climat, ne peuvent être réglées qu’à une échelle internationale.

Après la Seconde guerre mondiale, il y a eu deux projets opposés : d’une part, celui porté par les USA, qui a mené au GATT, à l’OMC, à la mise en concurrence, et qui était fondé sur la libéralisation des échanges ; d’autre part, un projet porté par Keynes et la délégation britannique : celui de la Charte de la Havane, qui a été refoulé par le congrès étasunien. Le projet de la Charte de la Havane est extrêmement ambitieux du point de vue des droits humains, de la coopération, de la solidarité. Par ailleurs, il a existé, en agriculture, des accords internationaux fondés sur la solidarité et la coopération. Par exemple, il y avait des accords-produits (blé, cacao, …), qui permettaient de stabiliser les prix, notamment ceux des produits tropicaux, pour que les pays du Sud puissent exporter non pas avec des prix toujours plus faibles, mais avec des prix qui se maintenaient, et qui étaient stabilisés, avec des quotas d’import et d’export, etc. Pour permettre cette stabilisation des prix, les marchés internationaux étaient fortement régulés, à l’opposé de l’actuelle libéralisation des échanges.

Aujourd’hui, nous sommes « plus royalistes que le roi » ! Nous faisons partie des pays les plus libéraux du monde sur le plan commercial, nous sommes les champions des accords de libre-échange. Nous nous sommes complètement mis en règle avec l’OMC, alors nous avons liquidé toute notre politique agricole commune et nos outils de régulation de marché. Le droit de la concurrence, lui, est extrêmement poussé. A côté de cela, des pays comme les USA, le Brésil, l’Inde, régulent bien davantage leur marché, ou plutôt l’ont rerégulé leur marché : des représentants américains avec qui j’ai pu discuter disent : « l’OMC, pff… c’est derrière nous, ou quasiment », et pas seulement depuis Trump. L’Inde, par exemple, considère la régulation de ses marchés, la préservation de ses paysans et son aide alimentaire comme beaucoup plus importantes que tout le reste ; récemment, elle a tapé du poing sur la table à l’OMC et elle a fait partie des pays qui ont refusé d’avancer davantage dans l’OMC.

La question agricole et alimentaire est passionnante dans le sens où le droit humain fondamental de se nourrir de façon suffisante et saine, et le droit des paysans (qui représentent une part essentielle de la population, notamment au Sud) à vivre correctement, font que la régulation des marchés agricoles et alimentaires est aujourd’hui centrale. Historiquement, les marchés agricoles, dans tous les grands pays producteurs, ont été fortement régulés. La dérégulation des marchés est vraiment une exception à la règle à la fois historique et presque géographique en Europe, et pour moi elle pose vraiment la question de l’Europe néolibérale et de son impasse. Aujourd’hui on en constate les dégâts énormes, du point de vue de l’agriculture et de l’alimentation.

*

On voit bien que pour changer ce mode de consommation et ce mode de production agricole et alimentaire, ce n’est pas seulement la PAC qu’il faut changer, c’est aussi la politique commerciale, c’est aussi la concurrence européen, c’est encore, on l’a dit brièvement tout à l’heure – et je m’arrête là-dessus – la redistribution, le partage des richesses au sein des populations, ou encore le temps libre que l’on peut avoir pour cuisiner, pour s’engager collectivement.

Les questions des lilas

Première question des Lilas : que faire face au pouvoir des lobbies ?

Alice Vintenon : Ton intervention a fait ressortir les avantages d’un modèle assez interventionniste, qui régulerait les prix et encadrerait les marchés. Quelles réactions de telles dispositions susciteront-elles de la part des lobbies ? Comment faire pour vaincre les résistances au changement de modèle agricole ? 

Aurélie Trouvé : Rappelons d’abord la diversité des lobbies. On peut même y inclure les lobbies environnementaux ! Il faut savoir qu’à l’échelle européenne (bruxelloise notamment), et dans certains autres pays, il ne se passe pas la même chose qu’en France. Le syndicalisme agricole majoritaire, en l’occurrence la FNSEA, est très influent en France : historiquement, il cogère quasiment les politiques agricoles avec l’Etat français. La FNSEA a en main l’essentiel des chambres d’agriculture, qui sont de vraies instances d’accompagnement et de formation des agriculteurs ; elle intervient dans les politiques du foncier et d’installation, etc.

Dans beaucoup d’autres pays, ce poids est moins important, notamment dans les pays d’Europe du Nord, où les ONG environnementales ont pris une place très importante. On pourrait s’en réjouir, même si parfois ces ONG environnementales n’ont pas de vision systémique : elles plaident par exemple pour abattre la PAC, et disent qu’il ne faut accorder des aides qu’aux bonnes pratiques environnementales, mais elles ne parlent pas de régulation des marchés, et occultent la question des prix rémunérateurs et de l’emploi. Cela dit, le rapport de force qu’elles instaurent n’est pas le même qu’en France. Par exemple, chaque année plusieurs dizaines de milliers de personnes descendent dans la rue en Allemagne sur les questions alimentaires. Les pays du Nord ont également un lobby beaucoup plus fort que la France sur le bien-être animal.

En France, les positions soutenues à l’échelle nationale par les représentants et dirigeants de la FNSEA diffèrent parfois fortement de celles qui sont défendues au niveau des fédérations de production (lait, bovins, etc.), et des départements. On ne peut pas dire que toute la FNSEA est un bloc homogène avec lequel il n’y a rien à faire : ils représentent 50 % des voix dans le monde agricole ! En leur sein, il y a beaucoup de tensions, notamment entre éleveurs et céréaliers. Il y a également des divergences d’intérêt entre régions.

Vu la situation depuis trois ans, il n’est pas possible d’arriver devant les agriculteurs et de leur demander de but en blanc de préserver mieux la nature, de se voir imposer des contraintes environnementales plus fortes. Cela ne peut pas être entendu aujourd’hui étant donné leur situation économique. Il faut prendre la question de façon globale, d’un point de vue environnemental, social et économique, en leur montrant qu’on peut à la fois produire plus de richesses avec plus de revenus, maintenir l’emploi et les transmissions, et en même temps préserver l’environnement. Il y a des réseaux et des groupes d’agriculteurs qui le montrent. C’est, je pense, un discours plus puissant (mais on peut en débattre) que d’arriver d’emblée avec son grand étendard vert.

2ème question des Lilas : libre échange et protectionnisme.

Alice Vintenon : On a parlé du combat contre le TAFTA et le CETA. Mais au-delà de ces traités, faut-il rétablir des droits de douane, et si oui, sur quels critères ?

Aurélie Trouvé : Évoquons d’abord la question des protections tarifaires. Avant 1994 et l’accord de l’OMC, On avait des droits de douane variables, donc les droits de douane les plus intelligents qui soient. Ils variaient en fonction de l’état des prix internationaux : quand les prix internationaux chutaient, les droits de douane augmentaient, et vice-versa. Aujourd’hui, l’OMC a imposé que les droits de douane soient en pourcentage de la valeur du produit importé. Dans l’idéal, il faudrait revenir à des droits de douane variables, donc casser l’accord de l’OMC de 1994. Je sais qu’il y a des débats pour savoir s’il faut ou non remettre des droits de douane, si c’est progressiste. Moi, je ne vois pas d’autre solution en agriculture que de les restaurer et d’avoir des droits de douane variables. L’exemple typique, c’est le soja. Dans les années 60, nous avons fait un compromis avec les Etats-Unis : ils acceptaient de ne pas venir nous embêter avec notre PAC si nous acceptions, entre autres, des droits de douane égaux à 0 sur le soja. On a accepté. Résultat : on importe 80% du soja, potentiellement OGM, et l’essentiel de l’alimentation animale à base de soja est OGM. Cela pose la question de la souveraineté des choix alimentaires des consommateurs européens.

Mais les accords de libre-échange attaquent aussi les protections non-tarifaires, à savoir les protections sanitaires, phytosanitaires, environnementales, etc. Nous venons de faire un rapport avec des instituts techniques sur le CETA, qui montre qu’il y a des risques importants de pressions, par exemple sur nos normes vis-à-vis des OGM, les variétés que nous acceptons de consommer, d’importer, de cultiver. Il y a des pressions sur la manière dont on traite la viande. Jusqu’à récemment on la traitait avec de l’eau potable, et pas avec de l’acide. On a accepté l’acide lactique, et à présent il y a des pressions pour accepter les acides peroxyacétiques. De la même manière, nombre de normes risquent aujourd’hui d’être mises en cause par les accords de libre-échange. Ça ne se fera pas avant la signature, mais après. Les accords de libre-échange contiennent des dispositifs réglementaires qui permettront de faire pression : le forum de coopération règlementaire, le mécanisme investisseur-État… Les pressions n’auront pas lieu seulement dans l’agriculture, mais l’agriculture est un bon exemple. Il y aura même des pressions sur l’utilisation des hormones de croissance dans les élevages, même sans mettre en cause directement les normes sanitaires et phytosanitaires. Mais comme on met en concurrence la viande bovine canadienne et européenne, et qu’au Canada les animaux sont nourris avec des farines animales (ce que nous ne faisons plus depuis la vache folle), les coûts de production sont moins importants. Il risque donc d’y avoir des pressions pour que nous acceptions les farines animales, parce qu’il faudra que nous arrivions à rester concurrentiels face aux Canadiens. Voilà ce qui risque d’arriver après la signature. On entend dire que rien, dans le CETA, ne met en cause l’interdiction du bœuf aux hormones. Certes, ce n’est pas pour tout de suite ; en revanche, il y a des risques importants après la signature.

 

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