Et si le congé paternité était obligatoire, et de même durée que celui de la mère ?

Parc Mozart, Poitiers, mardi 16 avril 2019, 11h10. Agathe Lebrun, 35 ans.papas-parc

« Ça m’étonne encore de voir tous ces pères avec leurs bébés ici au parc. C’est vrai qu’avec un soleil pareil… Julien, Rahim, Nicolas, avec leurs poussettes, qui se mettent à papoter comme s’ils se retrouvaient au café, c’est marrant. Ce n’était pas du tout comme ça il y a trois ans quand j’ai eu Lucille : on n’était que des femmes au parc avec nos bébés.
Mais regarde, ce n’est pas Philippe celui-là ? Lui qui disait qu’il était incapable de changer une couche ! Et le voilà avec sa gamine…
Ah, Hugo pleure à nouveau. Mais ça, à partir de lundi c’est Ludovic qui commence son congé paternité et qui s’en occupera pendant quelques mois ! Je suis contente de savoir que c’est son père qui va s’en occuper quand je vais reprendre le boulot ! Ludovic est hyper impatient et quand je me rappelle la galère pour faire garder Lucille… »

Société Atlantis Consulting, bureau du PDG, Metz, jeudi 31 octobre 2019, 14h40. Jérôme Deleglise, 48 ans.

« Le recrutement c’est chiant : se projeter dans une embauche à quelques années, former quelqu’un, créer une dynamique, et toujours le risque qu’ils s’en aillent après cet investissement. Les deux candidats ont l’air bien mais ils sont dans la trentaine, impossible qu’ils ne se mettent pas à faire des enfants d’ici deux ans, je n’échapperai pas à devoir trouver un remplaçant… Avant c’était beaucoup plus simple : à cet âge-là j’aurais pris le mec, mais avec cette putain de loi de congé parental égal ! Merci, ce gouvernement de gauchistes… Allez, je crois qu’on va prendre la fille, elle a quand même un meilleur niveau. »

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lego papaEt si le congé paternité était obligatoire, et de même durée que celui de la mère ? Si l’on se base sur la durée actuelle du congé maternité en France, cela voudrait dire 16 semaines pour la mère mais aussi pour le père (au lieu des 14 jours calendaires auxquels ces derniers ont droit aujourd’hui). Cela n’empêche pas d’imaginer un congé maternité beaucoup plus long que les 16 semaines actuelles, par exemple 26 semaines (6 mois), et de faire profiter les pères de cet allongement. À quel moment le faire ? Aux choix des parents : simultanément, successivement, le premier mois ensemble puis l’un après l’autre, etc. Rappelons qu’en Norvège les pères ont déjà le droit à 10 semaines de congés payés à 100%, 18 semaines en Suède à 80%.
Un congé digne de ce nom mettrait les pères directement face à la situation de s’occuper des enfants, et plus largement, de se demander qui s’occupe des soins dans notre société : la prise en charge des enfants, des personnes âgées et dépendantes est largement assurée par les femmes. Commencer à rééquilibrer, dans les faits et dans l’imaginaire collectif, le partage de ces tâches serait un moyen d’approfondir le chemin vers l’égalité. Au travail également, comme nous le révèle Jérôme Deleglise à Metz, ce serait une mesure efficace pour réduire les inégalités entre hommes et femmes. Une étude montre d’ailleurs que dans les pays où les congés paternité sont plus longs, les femmes accèdent plus aux postes de direction dans les entreprises. Ce serait enfin une façon de rééquilibrer nos vies, en cessant de considérer que le travail est l’élément crucial de notre quotidien. Dans ce but, on pourrait aller plus loin encore et envisager une réduction générale du temps de travail…

Alberto Amo et Marie Glon

 

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