Michel Rocard a synthétisé avec sa phrase célèbre «On ne peut pas accueillir toute la misère du monde» ce que beaucoup pensent tout bas : par charité, on aiderait bien ces pauvres du tiers monde, mais c’est pas possible parce qu’ils sont trop nombreux et que chez nous, ça va mal, à cause de la dette et du chômage

Sauf que cette peur est surtout faite de préjugés : non toute la misère du monde ne déferle pas sur la France, non les immigrés ne sont pas la “misère” du monde. Et surtout, l’immigration ne nuit pas à l’économie, au contraire… Démonstration !

Il n’y a pas de vague d’immigration massive

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Source Alternatives économiques

Contrairement à ce que l’on peut entendre, la France n’est pas un pays d’immigration massive et ne connaît de hausse forte de l’immigration. Les immigrés, c’est-à-dire les personnes nées à l’étranger mais résidant en France (dont certains peuvent être des français nés à l’étranger), représentent 11,6% de la population.

C’est un taux tout à fait comparable aux autres pays et même plutôt inférieurs aux pays développés (13% aux Etats-Unis et en Allemagne, 15% en Suède, 27% en Suisse… et 42% au Luxembourg !). Depuis 1982, la part d’immigrés sur l’ensemble de la population est stable et n’a augmenté que de 1,2%. La France compte 3,5 millions de français résidant à l’étranger pour 4,2 millions d’étrangers vivant en France.

La France ne risque pas non plus d’être “envahie” à court ou moyen terme. Elle est en effet loin d’être le pays le plus attractif en matière d’immigration par rapport à ses voisins européens, même si la demande a progressé en 2015.  Ainsi, quand l’Allemagne enregistre 441 800 demandes d’asile, la  Hongrie 174 000, la Suède 156 100 et l’Autriche 85 500,  la France n’en reçoit que 80 075.

Ainsi la France a des flux migratoires très faibles, notamment  comparées aux autres pays, le total des entrées d’étrangers en 2011 était de 0,33% de la population totale…

Il ne s’agit pas de la «misère» du monde

Les étrangers qui émigrent vers la France ne représentent pas la «misère» du monde – si tant est que l’on puisse justifier l’emploi de cette expression. Plusieurs études ont montré que ce ne sont pas les plus pauvres qui migrent internationalement, tout simplement parce qu’ils n’en ont pas les moyens.

La majorité des migrants ne sont d’ailleurs pas originaires des pays les moins développés, mais de pays à revenus intermédiaires comme les pays du Maghreb ou les grands pays émergents.

De même, à l’échelle d’un pays, ce sont les plus qualifiés qui émigrent, parce que ce sont ceux qui peuvent supporter le coût de l’émigration. Ainsi, 63% des immigrés arrivés en France en 2012 étaient titulaires d’un diplôme équivalent au baccalauréat et 39% de ces nouveaux arrivés disposaient d’un diplôme supérieur. Ce qui peut par contre avoir des conséquences dramatiques dans les pays d’origine, comme la fuite des cerveaux.

Ainsi, plus de 80% des personnes qualifiées d’Haïti quittent leur pays d’origine. Ce fait tort aussi le coup à un autre préjugé : non, il ne suffit pas de coopération internationale pour éviter les migrations. Tendanciellement, ce sont les pays émergents les plus développés économiquement qui comptent le plus de candidats à l’émigration parce que un meilleur accès aux ressources contribue à rendre la migration plus envisageable.

Les échanges entre pays font simplement partie du développement normal d’une économie ouverte…  Les gens ont été mobiles et ont migré depuis la nuit des temps et ils continueront à l’être.

Les immigrés «rapportent» plus qu’ils ne coûtent

Un pays comme la France ne doit pas se poser la question s’il a les moyens d’accueillir cette population immigrée : l’immigration rapporte justement à l’économie. L’impact de l’immigration sur l’économie a été largement étudié et la prise en compte globale des dépenses et des recettes que produisent les immigrés va à l’encontre des idées reçues.

Sur l’année 2005, l’immigration a rapporté un solde positif de 3,9 milliard d’euros. Les évaluations sur l’année 2009 aboutissent même à un solde positif de 12,4 milliards d’euros. Pourquoi ? Parce que si les immigrés engendrent des dépenses supplémentaires en matière de santé ou d’aide sociale, ils paient des impôts, cotisent aussi aux différentes caisses de protection sociale, consomment et rapportent donc plus qu’ils ne coûtent aux finances publiques.

Les étrangers ne viennent pas seulement “partager le gâteau” des nationaux, ils contribuent aussi à développer l’activité et donc à faire “grossir le gâteau”. On estime ainsi, au niveau international, que lorsque l’immigration augmente de 1 % la population active, le PIB augmente également de 1 %.

En revanche, la politique d’Europe forteresse coûte elle très chère : elle a été estimée à 11,3 milliards d’euros pour les seules reconduites à la frontière d’immigrés illégaux et à 1,6 milliard d’euros pour assurer la protection aux frontières.

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Donc, non l’immigration n’est pas un coût pour la France et oui la France peut continuer à accueillir des immigrés, et même bien plus qu’elle ne fait aujourd’hui. Inversement, l’immigration ne saurait être mise au service de l’économie.

D’abord, comme le rappelle Guillaume Duval, parce qu’une approche utilitariste de l’immigration est insupportable. De toutes façons, ce discours n’aurait pas de sens car si l’immigration “rapporte”, elle pèse finalement peu au regard du budget de l’Etat.

Si l’on voulait équilibrer le modèle actuel des retraites uniquement en augmentant le nombre d’immigrés, la part des immigrés dans la population devrait passer de 8,3 % à 40,6 % en 2050, soit une augmentation totale de 132 % de la population en France.

Pour aller plus loin :
– un dossier complet de l’Insee : « L’analyse des flux migratoires entre la France et l’étranger entre 2006 et 2013Un accroissement des mobilités »
– Article de La Tribune qui exploite les données du dosser de l’Insee (+ facile d’accès) : « La croissance de la population immigrée en France reste limitée »
– Alternatives économiques : Immigration, les fantasmes à l’épreuve des faits
– Dossier simple et efficace du Nouvel Obs, avec une très belle infographie : « Immigration : pour en finir avec 5 idées reçues
– Le rapport de 2009 pour le ministère des affaires sociales sous la direction de Xavier Chojnicki “Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme”

– Synthèse du rapport de 2009 de Chojnicki et autres : « Immigration en France : quelques idées reçues ! »
–  Dossier bibliographique sur le lien entre migrations et économie, coordonné par Mouloud El Mouloub dans le cadre d’une journée d’études de l’ENS Lyon

– Courrier international : « Les très bons comptes de l’immigration »
– L’express : « Protection sociale et immigration: les chiffres contre les clichés »

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      Bonus : ce qu’a vraiment dit Michel Rocar sur la « misère du monde »…

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