Parmi les préjugés sur l’immigration, il y a ces petites phrases qui insinuent que les immigrés «refusent de s’intégrer», qu’ils «vivent différemment», «n’ont pas le même rapport aux femmes», «sont très religieux»… Insidieusement elles font de l’étranger ainsi que des citoyens français d’origine immigrée un «problème».

Très vite le tableau tend à amalgamer dans ce «problème des immigrés» tous les musulmans ou présumés comme tels : ils orchestreraient un «grand remplacement» de la population française et mettraient l’«identité» ainsi que les prétendues «racines chrétiennes» de la France en danger.

La France n’a pas une identité, son histoire est faite de métissages

Il est faux de prétendre que les populations qui ont vécu sur le territoire de ce qui est aujourd’hui la France auraient eu une identité immuable et qu’elles auraient vécu en autarcie pendant des siècles jusqu’à aujourd’hui.

Comme toute l’histoire de l’humanité, l’histoire de la France est faite de métissages, de vagues d’immigrations successives, d’enrichissements culturels mutuels. Nos ancêtres n’étaient pas tous gaulois, la France est en partie née de l’effondrement de l’empire romain, des grandes invasions vikings ou bretonnes comme de brassages multiples.

A l’époque moderne, la révolution industrielle marque les débuts de l’immigration de masse et les étrangers contribuent plus que jamais à «faire» la France, notamment comme main-d’œuvre ouvrière essentielle au développement de l’économie. Le passé colonial de la France explique aussi ce métissage français :  un français sur quatre est aujourd’hui issu de l’immigration !

Au delà des populations, la «culture française» s’est elle aussi construite par influences successives. Nous devons l’invention de l’imprimerie à un allemand, Gutenberg, la renaissance italienne a profondément influencé notre pays, les Lumières ont été européennes. Nos chiffres sont arabes et le couscous fait aujourd’hui partie des plats préférés des français

À l’instar de la cuisine, la culture d’une nation s’enrichit continuellement de l’apport des cultures étrangères ou locales et les métissages renouvellent les cultures à l’infini.

Oui, globalement, l’intégration fonctionne

Malgré les discours de division, l’intégration fonctionne globalement bien, comme le montrent les études sur les immigrés et leurs descendants. Environ 90 % des enfants d’immigrés se sentent français, alors que leurs parents ne partageaient ce sentiment qu’à 60%. Les immigrés déclarent à 89% se sentir chez eux en France, contre 94% de l’ensemble de la population.

Les immigrés ne vivent pas en communauté isolée, à l’écart du reste de la population. On observe ainsi un très fort taux de mariages mixtes en France et 65% des descendants d’immigrés vivent en couple avec des personnes de la population dite «majoritaire».

Enfin, contrairement à ce que certains laissent entendre, les populations d’origine immigrée n’ont pas plus d’enfants que la moyenne. Plus précisément, si le nombre d’enfant est de 2,73 enfants par femme pour les immigrés de première génération  (taux de fécondité) et donc effectivement supérieur à la moyenne nationale, dès la seconde génération, il est strictement identique à la moyenne nationale : en 2010, le nombre d’enfants par femme descendante d’immigrés est de 1,85 enfant, alors que la moyenne nationale est 1,86.

L’immigration n’est pas une «menace islamiste»

Trop souvent un amalgame est fait entre immigration et religion musulmane, comme si tous les immigrés étaient musulmans et que tous les musulmans étaient potentiellement des djihadistes. Or, contrairement aux idées reçues, les musulmans intégristes, pointés du doigt à longueur de journaux télévisés ou de couvertures de magazines, sont en réalité ultra minoritaires.

Sur 4 millions de personnes de «culture musulmane», on compterait selon les renseignements généraux seulement entre 12.000 et 15.000 salafistes en France (0,5%). On a beaucoup parlé de port du voile intégral en France, une pratique ultra minoritaire qui touche selon la police nationale… 367 femmes en France !

De fait, malgré les discours médiatiques qui brandissent une «menace islamiste», chez les populations d’origine immigrée comme dans le reste de la population, la pratique religieuse décroît et la sécularisation gagne du terrain dans des proportions bien supérieures aux tendances de renforcement des pratiques religieuses.

Mais il faut surtout rappeler que dans une république laïque l’appartenance religieuse et son degré de pratique sont de l’ordre du domaine privé et ne sont pas en tant que tels un signe ou non d’intégration…

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Donc non, contrairement aux idées reçues, l’immigration ne remet pas en cause l’identité nationale et non les immigrés ne refusent pas de s’intégrer. Mais attention, si l’intégration fonctionne globalement bien, la ségrégation dont certains immigrés ou descendants d’immigrés sont victimes peut avoir pour conséquence un repli identitaire, qui se veut comme une sortie de la société, une rupture de l’intégration.

Un sentiment de relégation sociale, l’expérience du racisme et des discriminations ou l’absence de perspectives chez les descendants d’immigrés peuvent conduire à choisir en réponse de renforcer l’extranéité, le caractère étranger de son identité “faute de gratification suffisante dans le pays d’accueil”. Ainsi, l’émergence d’une culture de l’islam rigoriste peut aussi être la conséquence de ce sentiment de relégation.

Pour aller plus loin :
Hérodote : synthèse sur le peuplement de la France
– Synthèse sur les travaux de Gérard Noiriel : “Le creuset français et l’immigration”
– La Croix : “un quart des français de l’immigration”
– Dossier Insee : “Immigrés et descendants d’immigrés en France (2012)”
– Synthèse france info sur le dossier Insee : “Immigration : ce qu’il faut retenir des chiffres de l’Insee”
– Dossier des décodeurs du Monde : “Quel est le poids de l’islam en France ?”
– Ined : “Sécularisation ou regain religieux : la religiosité des immigrés et de leurs descendants”
– Hugues Lagrange, OSC, “Pratique religieuse et religiosité parmi les immigrés et les descendants d’immigrés du Maghreb, d’Afrique sub-saharienne et de Turquie en France”

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