Parmi tous les poncifs sur l’immigration, on entend souvent que les immigrés viennent en France pour abuser de notre modèle social et «toucher des allocs» – et quand vous ajoutez le bruit et l’odeur… D’abord l’expression «immigrés» amalgame des situations très différentes : étrangers travaillant régulièrement en France, citoyens français issus de l’immigration et réfugiés ou demandeurs d’asile.

Si les étrangers qui travaillent en France cotisent et ont donc effectivement les mêmes droits que les travailleurs français à la protection sociale, les réfugiés et demandeurs d’asile n’ont pas le droit à toutes les allocations et aides sociales. Ils ont certes des aides spécifiques mais qui restent très modérées. On constate cependant un très fort taux de non recours aux aides parmi les populations réfugiées et immigrées. Ces préjugés racistes font oublier une chose : l’apport de l’immigration à notre système de protection sociale est positif d’un point de vue économique !

Non les réfugiés n’ont pas le droit à toutes les allocations

L’accès aux «allocs» n’est absolument pas automatique pour tout arrivant sur le territoire. Ainsi, le droit au RSA ne s’obtient qu’au bout de cinq années de séjour régulier en France et si l’étranger en question dispose depuis ces cinq années d’un titre de séjour permettant de travailler. L’accès des étrangers au minimum vieillesse (allocation de solidarité aux personnes âgées) ne se fait qu’au terme de 10 années de résidence en France.

En revanche, une famille en situation régulière peut prétendre à des allocations familiales comme à des aides au logement (sous conditions de ressources). Enfin, il n’est pas besoin d’être en situation régulière pour prétendre à l’AME (aide médicale d’Etat), l’équivalent de la CMU, mais il faut pouvoir prouver avoir un foyer en France depuis plus de six mois et avoir vécu en France pendant au moins trois mois sans interruption.

Toutes ces conditions de résidence ont des conséquences parfois terribles. On dit d’ailleurs souvent qu’un sans papier doit avoir beaucoup de papier pour pouvoir s’en sortir : comment les clandestins, souvent SDF, peuvent-ils prouver qu’ils ont une résidence depuis 3 à 6 mois ? Comment font ceux qui sous-louent des chambres à des marchands de sommeil ? Ils en sont donc souvent exclus

Des aides spécifiques pour les demandeurs d’asile très modérées

Il existe bien des aides spécifiques pour les demandeurs d’asile et pour cause : le statut de demandeur d’asile ne permet pas de travailler pendant les neuf premiers mois de leur séjour en France. L’aide aux demandeurs d’asile (ADA) varie en fonction de la composition familiale et du mode d’hébergement. Son montant est de 6,80 euros pour une personne seule hébergée en centre d’accueil ou 11€ pour une personne sans logement, soit entre 211€ et 341€ par mois.

On est donc très loin de la rumeur qu’agitent certains politiques selon laquelle les réfugiés toucheraient 1000 euros par mois sans travailler ! Surtout qu’elle met en moyenne 45 jours à être versée

C’est par ailleurs la seule aide financière dont peuvent bénéficier les demandeurs d’asile qui ne perçoivent ni RSA, ni aides de la CAF, ni autres prestations sociales. Ils perdent droit à l’ADA quand leur demande d’asile est examinée, qu’elle soit rejetée ou acceptée. Enfin ils n’existe que 25 000 places spécifiques d’accueil en centre d’accueil pour demandeurs d’asile, qui permettent à peine de couvrir un tiers des besoins.

Un très fort taux de non recours aux aides

Différentes études ont montré qu’un tiers des bénéficiaires des aides sociales, et en particulier du RSA, n’y avait pas recours. Or toutes les études sur le non recours montre qu’il est systématiquement plus élevé chez les population étrangères (hors UE).

Selon Caritas Alsace, le taux de non recours des étrangers au RSA est deux fois plus élevés que celui des français. Ce fort taux de non recours s’explique à la fois par la précarisation des parcours, le manque d’information, la complexité des dispositifs ou l’appréhension face à des procédures trop contraignantes ou trop intrusives, comme pour la plupart des cas de non recours.

Mais la barrière de la langue, les diverses formes de discrimination au guichet et le risque de perdre de l’argent en vain, notamment en matière de visa, jouent particulièrement dans le cas des étrangers.

L’immigration a un impact économique positif sur le système de protection sociale

Pour sortir de cette peur des «migrants» et de la tentation du repli, il faut prendre conscience que l’immigration a un impact économique positif et « rapporte » globalement bien plus qu’elle ne « coûte » ! Tout simplement parce que les immigrés, dès lors qu’on leur donne le droit de travailler, payent des impôts, des taxes, consomment et participent donc largement au dynamisme économique du pays.

En scrutant les chiffres du budget 2005, des chercheurs ont calculé que la « contribution nette globale » de l’immigration cette année-là au budget des administration était « positive ou de l’ordre de 3,9 milliards d’euros ». C’est d’abord parce qu’ils cotisent qu’ils ont droit à des prestations sociales, comme tous ceux qui travaillent en France (chômage, assurance sociale etc.).

Et quand on étudie plus précisément l’impact de l’immigration sur le système de protection sociale, on s’aperçoit qu’il est positif. Même si les immigrés sont plus souvent au chômage et touchent en moyenne plus de prestations sociales, leur contribution globale au système de protection sociale est positive parce qu’ils sont majoritairement plus jeunes et donc en âge de cotiser.

En effet, les immigrés arrivent souvent dans la force de l’âge dans leur pays d’accueil et retournent dans leur pays de départ pour leur vieux jours ; ainsi, la société d’accueil n’a pas à prendre en charge pour eux les dépenses importantes que sont celles liées à l’enfance ou la vieillesse.

Un scénario d’arrêt de l’immigration aurait d’ailleurs des effets très négatifs sur le système de protection sociale : des chercheurs ont montré que sans immigration, le besoin de financement de la protection sociale augmenterait largement, il est ainsi chiffré à +2 points de PIB à horizon 2100 passant de 3% à 5% du PIB, tout simplement parce que la population active diminuerait significativement.

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Il faut tordre le coup une bonne fois pour toute à ce mythe de «l’immigré» profiteur. Non, les immigrés ne viennent pas en France «pour les allocs». D’abord parce qu’historiquement l’immigration a répondu à une politique volontariste : c’est bien l’Etat qui a fait venir les immigrés, du milieu du 19ème siècle au début des années 70, pour pallier les carences de main d’œuvre. Ces personnes immigrées ont aidé à «construire la France».

Mais aujourd’hui comme hier, migrer est souvent une épreuve difficile : elle s’ancre généralement dans l’absence de perspective dans son pays d’origine. Que le candidat à l’immigration y soit contraint par des guerres ou des violences dans son pays, les dérèglements climatiques, des catastrophes naturelles ou qu’il soit poussé par l’espoir de trouver un travail et d’améliorer la vie de sa famille, c’est toujours dans l’espoir d’un avenir meilleur qu’il passe la frontière. Un espoir que porte tout être humain.

Tâchons simplement de leur faire un peu de place…

Pour aller plus loin :
– Les décodeurs du Monde : Idée reçue sur les migrants : « Ils viennent profiter des allocations »
– Le désintox de Libé : RSA : la France trop généreuse avec les étrangers ?
– France tv info : Les allocations auxquelles les migrants ont vraiment droit
– Les migrants mieux logés que les SDF ? Décryptage des décodeurs du monde
– Alexis Spire, “Ces étrangers qui renoncent à leurs droits”, Plein droit, Gisti, 2015
– Alternatives économiques : “Qu’est-ce qui pousse les migrants à partir de chez eux”
– Le rapport de 2009 pour le ministère des affaires sociales sous la direction de Xavier Chojnicki “Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme”

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