C’est une des idées sur lesquelles a prospéré le front national qui expliquait dès les années 1980 que «un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés de trop».

Pourtant, c’est une idée reçue qui ne repose sur aucun fait : non, les immigrés ne font pas augmenter le chômage ni n’en sont responsables.

D’ailleurs c’est un paradoxe à souligner avec vos interlocuteurs racistes, comment voulez-vous que les immigrés soient à la fois là pour toucher les allocs’ et qu’ils nous piquent notre boulot ? Il est grand temps de riposter avec quelques faits simples…

Aucun lien entre immigration et chômage

Les consensus chez les économistes sont rares, autant les souligner. Or justement, sur cette question du lien entre immigration et chômage, ils sont unanimes pour le réfuter. Les études ne montrent en effet aucune corrélation entre la proportion d’immigré dans un pays et son taux de chômage, même en se penchant sur l’ensemble des pays de l’OCDE.

Le chômage est, à l’inverse du préjugé courant, souvent moins répandu dans les régions à forte présence étrangère, tout simplement parce que ce sont généralement les régions les plus dynamiques économiquement…

Les dernières décennies ont même été le théâtre d’expériences grandeur nature, qu’il s’agisse du rapatriement des pieds noirs d’Algérie en 1962, de l’arrivée massive de Cubains en Floride en 1980 ou de l’immigration des juifs de l’Union Soviétique en Israël entre 1990 et 1991. Or malgré l’afflux massif de nouvelle main d’oeuvre, aucun lien significatif sur le taux de chômage n’a pu être démontré.

Comment l’expliquer ? Tout simplement parce qu’il n’existe pas un nombre d’emplois fixe dans l’économie. L’arrivée de population nouvelle, c’est aussi plus de consommateurs, plus de demande et donc plus d’emplois… Une étude récente des Nations unies montre ainsi qu’une hausse de 1 % de la population active provenant de l’immigration augmente le PIB également de 1 %.

On en a également fait l’expérience inverse : lorsque les immigrés quittent massivement une région, l’économie décline. Entre 1984 et 1986, 7000 immigrés ont quitté la région de Sochaux-Montbéliard, berceau des usines Peugeot, dans le cadre d’une opération d’aide au “retour au pays”. Ce départ a un effet désastreux pour de nombreuses activités affectant le chiffre d’affaires des commerces et suscitant même des suppressions d’emplois…

Les immigrés sont généralement plus touchés par le chômage que les natifs

Un autre argument peut être avancé : ce sont les immigrés qui subissent de plein fouet le chômage, par rapport aux natifs. En 2014, 17,2 % des immigrés étaient au chômage contre 9,9 % des Français nés en France, selon l’Insee. Le taux atteint même 20,7 % pour les actifs non ressortissants de l’Union européenne. Cela s’explique à la fois par un niveau de qualification généralement inférieur, mais les immigrés sont aussi tout simplement victimes de discrimination à l’embauche…

Les immigrés ont aussi constitué un rôle d’amortisseur face à la crise pour les populations françaises nées en France. Ainsi, les études menées sur les années 1980 ont montré que le le taux de licenciement des étrangers était deux fois plus élevé que celui des populations natives. Les taux de chômage des hommes arrivés en France pour y travailler ont augmenté beaucoup plus que ceux des autochtones d’âge et de qualification comparables.

Les immigrés et les natifs sont complémentaires sur le marché du travail

Enfin on peut établir une forme de complémentarité entre les immigrés et les natifs sur le marché du travail. On ne pourrait donc tout simplement pas substituer les uns aux autres pour faire baisser le taux de chômage et ils ne se font pas forcément concurrence…

Historiquement, c’est d’abord pour répondre à un fort besoin de main d’oeuvre qu’on a fait venir les immigrés en France, à chaque phase de croissance économique, que ce soit dans les années 1920 ou dans l’après seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, les travailleurs immigrés occupent souvent des emplois non pourvus par des natifs.

Ainsi, en 2012, les immigrés de pays tiers (hors Union Européenne) étaient surreprésentés dans l’hôtellerie-restauration ou dans le bâtiment, secteurs en forte demande de main d’oeuvre. Ce sont généralement des métiers durs, aux horaires décalés, à la rémunération faible.

L’immigration soutient ainsi en quelque sorte la recherche de montée en qualification des natifs en occupant les tâches les plus manuelles… Mais ça peut parfois être aussi des emplois qualifiés qui restent vacants faute de candidats, c’est le cas dans les déserts médicaux, mais aussi dans l’informatique, l’ingénierie.

L’immigration peut même avoir des conséquences positives sur les salaires : la division du travail peut entraîner une hausse de la productivité des natifs et donc de leurs salaires.  Selon certains économistes, l’immigration pourrait même faire augmenter le salaire moyen en Europe de 0,6% sur la période 2008-2020.

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Donc, décidément non, n’en déplaise au front national les immigrés ne piquent pas le boulot des français… Au contraire, l’immigration a un impact positif sur l’emploi puisqu’elle contribue à développer la demande et donc l’économie, parce que les immigrés cotisent quand ils travaillent. Mais ils sont aussi très souvent créateurs d’emplois et d’entreprises, dans le commerce et les services en particulier.

Pour trouver des réponses au chômage de masse, il y a donc bien d’autres solutions à trouver. Et surtout si l’on doit tenir quelqu’un de responsables pour le taux de chômage, plutôt que de blâmer les immigrés, regardons plutôt du côté des employeurs et des actionnaires qui préfèrent engranger les bénéfices plutôt que d’embaucher ou d’investir dans leur entreprise pour développer son activité !

Pour aller plus loin : L’immigration n’augmente pas le chômage, c’est prouvé ! Bon panorama de la littérature économique sur la question du lien chômage / immigration par Sébastien Villemot L’impact des immigrés sur le chômage : une vidéo pédagogique du groupe Xerfi Dossier bibliographique sur le lien entre migrations et économie, coordonné par Mouloud el Mouloub dans le cadre d’une journée d’études de l’ENS Lyon “Immigration, emploi et chômage – Un état des lieux empirique et théorique” : belle synthèse bibliographique du GISTI mais datant déjà de 1999 – Marine de Talance, “Immigration en France, quels impacts sur l’économie ?”, Note site BSI, avril 2016 “Idées reçues sur l’immigration : une lecture économique”, article en libre accès de Xavier Chojnicki, spécialiste de la question – Le scan du Figaro : Salaires, chômage, comptes publics : comment l’immigration impacte l’économie française – Alternatives économiques : “Pourquoi les migrations ne vont pas faire exploser le chômage” – Courrier international : “Non les immigrés ne volent pas nos emplois” – Contrepoints : « Les immigrés volent-ils le travail des Français ? »

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