«De moins en moins de français paient des impôts», entend-on. La solidarité nationale reposerait sur toujours moins de contribuables, et ceux-ci paieraient de plus en plus.

De l’autre côté, il y aurait toujours plus «d’assistés» qui, de surcroît, ne paieraient pas d’impôts. Pourtant c’est absolument faux : tout le monde paie des impôts, même les moins riches. Et ils en paient même proportionnellement beaucoup plus que les riches. Démonstration !

TVA, CSG : et oui, les pauvres paient aussi des impôts…

C’est vrai, en France, une grande partie de la population est exemptée d’impôts sur le revenu : en 2016, 55% des foyers fiscaux relèvent de la première tranche d’imposition et donc n’ont pas d’impôts sur le revenu à payer.

Mais payer des impôts ne veut pas seulement dire payer l’impôt sur le revenu. C’est même loin d’être la source principale de revenus de l’Etat. Ainsi, en 2014, l’impôt sur le revenu n’a rapporté que 69,2 milliards d’euros à l’Etat contre 92,1 milliards pour la CSG et 138,4 milliards pour la TVA. Or ces impôts sont payés par tous, quels que soient nos revenus : la TVA à chaque fois que nous consommons, la CSG sur tous les revenus (salaires, indemnités chômages, retraite, etc.). Les foyers exemptés d’impôts sur le revenu paient donc eux aussi ces impôts !

Proportionnellement, les pauvres paient plus d’impôts que les riches

En réalité, les revenus modestes paient, en proportion, plus d’impôts que les riches. Si l’on considère l’ensemble des prélèvements obligatoires (impôt sur le revenu, mais aussi TVA, CSG, impôts sur le capital, cotisations sociales, taxes sur les salaires…), les 10% les plus pauvres ont un taux d’imposition global de 41% alors que les 1% les plus riches ont un taux d’imposition de 33%.

Pourquoi ? Notamment à cause des impôts à la consommation, comme la TVA et les taxes sur l’essence, qui touchent plus fortement les classes populaires : le montant de TVA payé sur un ticket de métro ou une baguette de pain est le même pour un smicard et pour un banquier, mais il représente un plus fort pourcentage du revenu du smicard que du salaire du banquier. Pour prendre un autre exemple : un téléphone à 300€, c’est 50€ de TVA soit 4,4% du salaire mensuel net d’un salarié au SMIC mais 0,005% du salaire mensuel d’un cadre payé 10 000€…

Si on va plus loin et qu’on intègre les cotisations sociales (retraites, maladie), on peut même dire que les plus bas salaires paient pour les plus aisés : en général, ils commencent à cotiser bien plus tôt, et leur espérance de vie est plus faible. Ainsi, les ouvriers, financent largement les retraites des cadres supérieurs…

Notre système d’impôt n’est pas progressif, mais il pourrait facilement l’être davantage !

En France, on peut parler d’un système fiscal régressif : proportionnellement, et si l’on prend en compte à la fois l’impôt sur le revenu, les prélèvements obligatoires et les impôts indirects (TVA notamment), les classes populaires (celles qui gagnent moins de 2200 euros bruts par mois) sont soumises à un taux d’imposition (41 à 48%) plus lourd que les plus riches. Dès lors que l’on touche un revenu mensuel supérieur à 6.900 euros, le taux d’imposition commence à diminuer. Il ne représente que 33% pour ceux qui gagnent plus de 14.000 euros par mois, et 30% pour les 0, 1% les plus riches !

piketty-graphiqueSource : site « Révolution fiscale »

Un tel système d’imposition aggrave les inégalités : prenons, avec Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez, l’exemple de deux personnes dont les revenus (1000 euros et 5000 euros) seraient dans un écart de 1 à 5. Après imposition, l’écart serait porté de 1 à 7, puisque le premier ne conserverait que 500 euros, tandis que le second aurait encore 3500 euros.

Seul un impôt réellement progressif permettrait de réduire les inégalités. Ainsi, dans l’exemple ci-dessus, l’écart après impôt passerait de 1 à 3, 6 si le salarié touchant 1000 euros était imposé à 30%, et le salarié plus aisé, à 50%.

Pour rendre l’impôt plus progressif, il conviendrait notamment de repenser les tranches d’imposition (en créant des tranches supplémentaires pour les plus aisés), de prendre davantage en compte les revenus du capital, mais également de limiter certains impôts indirects : des mobilisations récentes ont, ainsi, revendiqué une diminution du taux de TVA (10 ou 20%) qui touche certains produits de première nécessité (titres de transport en commun, protections hygiéniques…).

*    *    *

Contrairement aux idées reçues, les plus pauvres paient donc d’ores et déjà des impôts, et même beaucoup trop. Il faut craindre, d’ailleurs, que cela ne fasse qu’empirer : espérant que la hausse passera inaperçue dans le ticket de caisse, les libéraux préféreront toujours proposer d’augmenter la TVA d’un point plutôt que de taxer les plus riches !

Pour aller + loin :
Un peu d’histoire de l’impôt sur le revenu : http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/dessous-chiffres/2016/04/13/29006-20160413ARTFIG00012-impot-sur-le-revenu-en-france-moins-d-un-foyer-sur-deux-est-imposable.php
– Quel impôt pèse le + sur votre budget ? http://www.huffingtonpost.fr/2015/06/07/declaration-dimpots-2015-limpot-sur-le-revenu-nest-pas-celui/
Un système fiscal regressif qui aggrave les inégalités : http://www.revolution-fiscale.fr/le-systeme-actuel/un-systeme-regressif
– Les impôts sont-ils justes ? http://www.alternatives-economiques.fr/les-impots-en-france-sont-ils-justes_fr_art_1340_70830.html

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