On nous répète que la cause principale de l’endettement public serait l’explosion des dépenses de l’État ces dernières années. Nous aurions vécu au-dessus de nos moyens en accumulant des dettes. Notre niveau de vie serait trop élevé et nous ne serions plus capables de financer un modèle de protection sociale trop généreux. Ce discours culpabilisateur est pourtant largement mensonger, comme nous allons le voir.

Les dépenses publiques n’ont pas explosé en France

Pour estimer l’importance des dépenses publiques, on les compare à la richesse créée. C’est pourquoi on parle de part des dépenses publiques dans le produit intérieur brut ou PIB. D’après l’Institut Montaigne, proche de la droite, cette part a augmenté entre 2001 et 2012, passant de 51,7 % à 56,6 % du PIB et contribuant à peser sur le budget et augmenter la dette. Pourtant si l’on regarde de plus près, la situation n’est pas si simple. Les dépenses publiques, ce sont les dépenses de l’État, des établissements publics tels que le CNRS ou le Météo France, des collectivités locales et de la sécurité sociale.

Or le déficit public, qui contribue à creuser la dette, est essentiellement issu du déficit de l’État. Le déficit des collectivités locales et de la sécurité sociale est nul en moyenne entre 1996 et 2008. Il se stabilise par la suite à 1% du PIB, en partie en raison de la crise. On distingue, dans les dépenses de l’État, les intérêts de la dette, qui en constitue une part majeure, et les autres dépenses (pour l’éducation, la santé, etc.). Or si on considère les dépenses de l’État sans les intérêts, on constate qu’elles diminuent depuis les années 80 : de près de 21% à 18,5% du PIB.

Ce sont les recettes publiques qui ont baissé

En fait, ce ne sont pas les dépenses de l’Etat qui ont causé le déficit et creusé la dette, mais les réformes fiscales des gouvernements de gauche comme de droite, qui depuis des décennies ont multiplié des réductions fiscales qui ont bénéficié aux plus riches et aux grandes entreprises. A dépenses égales, les recettes fiscales ont fondu, créant un trou comblé par la dette.

Le schéma ci-dessous, réalisé par le collectif pour un audit citoyen de la dette publique (CAC), montre la diminution des dépenses de l’État hors intérêts, et la diminution encore plus rapide des recettes fiscales. Les zones en gris représentent les périodes où les recettes ont été inférieures aux dépenses, causant un déficit et creusant la dette.depenses-recettes-etat

Les économistes du CAC estiment que si l’État, au lieu de se dépouiller lui-même, avait maintenu constante la part de ses recettes dans le PIB, la dette publique serait aujourd’hui inférieure de 24 points de PIB (soit 488 milliards €) à son niveau actuel.

Une dette illégitime construite contre l’intérêt général

 Cette part de la dette n’a pas été contractée dans l’intérêt général, mais a bénéficié à une couche réduite de la population, comme le montre le graphique ci-dessous : impots

Les baisses d’impôts, ciblées sur les catégories de ménages les plus favorisées, devaient doper la consommation des ménages : elles ont plutôt conduit à accroître leur épargne. Elles devaient inciter les entreprises à investir ; mais comme elles n’étaient assorties d’aucune conditionnalité, les entreprises n’ont pas plus investi qu’avant, mais ont distribué encore plus de dividendes.

Ces baisses d’impôt ont, de plus, entraîné une véritable « redistribution à l’envers ». En s’endettant auprès des ménages riches qu’il défiscalisait, l’État a ainsi opéré un transfert à leur profit, et leur a permis de gagner deux fois : en payant moins d’impôts, et en se voyant offrir un placement sûr. Pour ces raisons, cette fraction de la dette peut être considérée comme illégitime

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