Qui n’a pas entendu cette idée reçue-là ? « Il faut gérer l’Etat comme un bon père de famille » Variante : « comme un bon chef d’entreprise ».

Il faudrait ainsi équilibrer son budget, ne pas dépenser plus qu’on ne gagne, et donc ne pas contracter de dette.

Pourtant le budget d’un Etat et celui d’un ménage ou d’une entreprise ne sont pas comparables !

La dette d’un État n’a rien à voir avec une dette individuelle

Lorsque les dépenses d’une famille ou d’une entreprise sont supérieures à ses revenus, elle doit puiser dans ses ressources. Lorsque celles-ci sont insuffisantes, elle doit s’endetter. Cela peut correspondre à une dépense exceptionnelle, ou un investissement : achat d’un logement, de machines. Les revenus à venir sont censés permettre de rembourser l’emprunt.

Une personne endettée doit être vigilante à ce que ses revenus lui permettent de couvrir ses dépenses courantes ainsi que les intérêts de ses emprunts. Si ce n’est pas le cas, elle n’a pas d’autre choix que de réduire son train de vie, à moins qu’elle ne trouve de nouvelles sources de revenus.

Pour un Etat, c’est différent. D’abord, un Etat ne meurt jamais et ne peut pas disparaître, il ne fait donc jamais faillite : au pire il cesse de payer ses créanciers. Ensuite, l’endettement public permet des investissements qui généreront des revenus supplémentaires. Ainsi un Etat peut, chaque année, s’endetter pour financer de nouveaux projets ou investissements, tout en continuant de rembourser les emprunts précédents grâce à la richesse créée.

Cela ne signifie pas pour autant que les Etats bénéficient d’une capacité infinie à s’endetter en faisant « rouler leur dette ». Mais ils peuvent toutefois demeurer endettés, sur de très longues périodes, sans que cela ne soit signe de mauvaise santé financière. La dette augmente en valeur absolue, même lorsque la dette reste stable en comparaison à la production de richesse. Lorsque les dépenses publiques sont bien orientées, la dette contractée représente, en fait, des investissements d’avenir.

En cas de surendettement, l’Etat dispose de nombreux leviers pour gérer sa dette

L’Etat dispose par ailleurs de marges de manœuvre supplémentaires pour gérer sa dette en cas de surendettement. Ainsi pour réduire son déficit, il n’est pas contraint à réduire ses dépenses ; il peut aussi augmenter ses recettes, à travers l’impôt principalement. Il peut aussi monétiser sa dette, en s’endettant auprès de la banque centrale – un tel recours est cependant interdit dans la zone euro.

Dans des situations de crise, comme celle que connaît la zone euro, il est possible que les intérêts de la dette deviennent trop importants et étouffent les budgets publics. Reste alors la possibilité de renégocier la dette publique. A l’inverse d’une entreprise, un État ne fait pas faillite lorsqu’il ne parvient plus à faire face à ses obligations financières. Il peut imposer à ses créanciers, au nom de l’intérêt public, une restructuration de ses dettes.

A cette fin, un travail d’audit de la dette peut permettre de déterminer la part de la dette jugée illégitime – c’est-à-dire contractées contre l’intérêt général – qu’il convient d’annuler.

Pour en savoir plus :

Image tirée du livre féministe et émancipateur « A calicochon » du génial Anthony Brown

 

 

 

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