Qui n’a pas entendu ressasser cette idée ? « C’est parce que les salaires sont trop élevés ou parce qu’ils paieraient trop de charges que les patrons n’embaucheraient pas ».

Il suffirait donc de baisser les charges (ou les salaires) pour sortir du chômage de masse…

Pourtant non seulement le niveau des charges est loin d’être exorbitant, mais le chômage a bien d’autres causes. Il est surtout très difficile d’établir un lien entre baisse du « coût du travail » et créations d’emplois.

Les « charges », quelles « charges » ?

La question des cotisations sociales, aussi appelés « charges patronales » est un faux problème : depuis 30 ans, tous les gouvernements successifs ont multiplié les allégements de charges sociales. Aujourd’hui un patron qui embauche un employé qu’il paye au smic ne paie pas de charges du tout, et les cotisations patronales sont dégressives jusqu’à 1,6 SMIC (soit 52% des salariés dans le privé). Si on ajoute le CICE, niche fiscale qui permet aux employeurs de déduire 6% des salaires versés de leurs impôts, on voit bien que la question du poids des soient-disant “charges” est aujourd’hui un véritable mythe…

C’est d’abord le contexte économique qui cause le chômage

En réalité, le chômage a de nombreuses causes. Si on demande à la propriétaire d’un bar d’une petite ville pourquoi elle n’embauche pas de nouveaux serveurs, elle ne répondra pas que c’est à cause des cotisations ou du SMIC trop élevé, mais d’abord parce qu’elle n’a pas assez de clients !

Le carnet de commande en berne des entreprises et le faible pouvoir d’achat des ménages sont un facteur important de l’absence de création d’emplois. L’essentiel du salaire des employés est consacré à des dépenses de consommation, qui nourrissent la “demande” et soutiennent la reprise économique… En fait, si au lieu de les réduire on augmentait les bas salaires, on déclencherait ce cercle vertueux de créations d’emploi !

Bien au-delà du « coût du travail », d’autres facteurs entrent en compte pour expliquer l’absence d’embauches : les difficultés conjoncturelles de certains marchés, mais aussi l’absence de trésorerie qui empêche les entreprises de se développer et donc de recruter, la frilosité des banques qui refusent de soutenir les projets des entreprises… Ainsi un tiers des TPE (très petites entreprises) rencontrent des problèmes de trésorerie !

L’évolution du taux de chômage ne dépend pas du « coût du travail »

La capacité d’une économie à faire face à la crise et résorber le chômage, n’est pas seulement une question de salaire. Si le « coût du travail » était le principal levier pour la création d’emploi, on s’attendait à ce que le taux de chômage soit plus faibles dans les pays où le « coût du travail » est le plus élevé. Ce n’est pourtant absolument pas le cas.

Des pays comme la Norvège, avec l’un des « coûts de travail » les plus élevés en Europe (le « cout du travail » dans ce pays est en moyenne de 53,9€ / heure) ont bien résisté à la crise avec un taux d’activité d’environ 75%, presque constant dans la période 2008-2014.

Dans la même période, des pays à faible « coût du travail » comme l’Espagne (21,1€/heure) ou le Portugal (13€/heure) ont vu leur taux d’activité chuter de respectivement 9% et 5%. Il y a donc une absence de corrélation directe entre le « coût du travail » et le chômage, comme le montre bien le graphique ci-dessous :

cout-du-travail

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