On entend souvent cette idée : « les travailleurs français coûteraient trop cher », « les entreprises préféreraient s’installer à l’étranger », « il faudrait prendre modèle sur nos voisins, par exemple l’Allemagne »…

Et pourtant, quand on y regarde de plus près, non seulement la France n’est pas le pays où le « coût du travail » est le plus élevé, mais la réalité est souvent bien plus complexe selon les secteurs. Et si on se demandait combien le travail rapporte au lieu de regarder ce qu’il coûte ?

Non la France n’est pas le pays où le coût du travail est le plus élevé !

Les salariés français coûteraient trop chers par rapport à quels pays ? Il faut comparer ce qui est comparable : oui évidemment les salaires sont plus élevés qu’en Chine. Mais le “coût du travail”, ce sont avant tout des salaires qui doivent permettre aux gens de vivre. Ils sont donc à rapporter au niveau de vie du pays : quel salaire permet de payer le prix d’un loyer ? En moyenne un loyer coûte 625€ par mois en France pour un SMIC net à 1 141€ et un salaire médian à 1 772€ !

Mais surtout, si l’on compare le “coût du travail” en France aux autres pays européens, on s’aperçoit que la France se situe tout simplement dans la moyenne haute des pays européens : elle est le 5ème pays en matière de « coût du travail », derrière le Danemark, la Belgique, la Suède et le Luxembourg

Des comparaisons plus fines souvent au bénéfice de la France !

La question est surtout beaucoup plus complexe, il n’existe pas un coût mais des « coûts du travail ». Le « coût du travail » varie du simple au double selon les secteurs et selon la taille des entreprises ! Généralement, plus l’entreprise emploie un grand nombre de salariés, plus le coût de la main d’œuvre est élevé, tout simplement parce qu’il y a davantage de main d’œuvre qualifiée. Ainsi dans les PME, qui emploient 49% des salariés, le coût de la main d’œuvre est globalement moins cher en France que dans la moyenne des pays européens…

Le « coût du travail » dépend aussi très fortement des secteurs, pouvant varier de 21€ (restauration) à 49€ (finances, assurance). Ainsi dans l’industrie extractive (minerais, pétrole, gaz…), le « coût du travail » est en France inférieur à la moyenne européenne…  En 2016, le « coût du travail » dans l’industrie manufacturière est même plus faible en France qu’en Allemagne.

Il faut aussi étudier la dynamique des salaires : or ce n’est pas en France que les salaires augmentent le plus vite : entre 2000 et 2011, ils ont progressé de 7,8 % en France alors que l’augmentation a été plus forte dans la plupart des autres pays européens (+ 8,8 % au Royaume-Uni, + 15,5 % en Espagne, + 20,2 % au Danemark, + 31 % en Italie…).

Regarder aussi du côté de la productivité

Au lieu de s’en tenir au seul « coût du travail », il faut aussi regarder ce qu’il rapporte. Car finalement, qu’importe le prix que met une entreprise pour embaucher ses salariés, s’ils lui rapportent plus ?

Le « coût du travail » dépend aussi de la productivité, c’est-à-dire ce qu’un travailleur produit et au final rapporte à son employeur. Sur ce point, la France ne s’en sort pas si mal : en 2011, un travailleur français rapportait en moyenne 45,4€ par heure travaillée contre 41,5€ pour un américain ou 37€ pour la moyenne des pays européens… Il suffit d’observer un serveur dans une brasserie parisienne pour le comprendre !

L’un des exemples les plus clairs de l’importance de la productivité dans la compétitivité d’un pays a été le passage aux 35 heures en France : cette réduction a de facto fait augmenter le « coût du travail » dans beaucoup d’entreprises, mais aussi elles ont propulsé leur productivité, et cette mesure a permis de créer plusieurs centaines de milliers d’emplois.

productivite

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