Depuis les années 1990, l’essentiel des politiques de lutte contre le chômage repose sur des allègements de cotisations sociales, censées encourager les entreprises à créer de nouveaux emplois.

Leur bilan est pourtant très maigre : elles ont permis peu de création d’emplois et ont coûté extrêmement cher. Elles sont aussi très mal ciblées et n’encouragent pas le développement d’emplois qualifiés…

Des créations d’emplois relativement faibles

Depuis plus de 20 ans, les gouvernements successifs ont multiplié les dispositifs d’allégements de charges sociales. On entend souvent que ces allègements ont un impact positif sur l’emploi[1], pourtant les études sont bien plus nuancées, et estiment seulement entre 125 000 et 560 000 emplois créés ou sauvegardés depuis 1993. Certaines plus récentes concluent même que l’effet de la réforme Fillon de 2003 sur l’emploi a été « très faible et même peut-être légèrement négatif ».

Pourquoi l’effet de ces dispositifs est si faible ? L’effet immédiat de la réduction des cotisations est en effet l’augmentation des marges pour l’employeur, sans qu’aucune contrepartie en termes de création d’emploi ne soit exigée… A moyen terme (4-5 ans), l’expérience espagnole nous montre que la réduction des coûts salariaux a un impact très limité sur l’emploi.

Un coût astronomique

Ces politiques d’exonération des charges sociales ont un coût astronomique pour l’État : 33,1 milliards d’euros en 2013. Si on rapporte ce coût aux emplois qu’elles ont permis de créer, on réalise qu’elles ne sont absolument pas efficaces. Selon les études, le coût pour l’État d’un emploi créé ou sauvegardé tournerait donc aux alentours de 48 000€, soit beaucoup plus cher que le coût total d’un emploi.

Si la puissance publique subventionnait directement ces emplois, elle serait plus efficace et pourrait créer davantage d’emplois. Ainsi, pour un même montant budgétaire, l’Etat pourrait créer 733 652 emplois payés 1700€ nets par mois, charges comprises (soit 2208€ bruts et 3135€ coût total employeur ou 37 620€ annuels). Il aurait également la possibilité d’orienter ces créations d’emplois vers des secteurs utiles[4].

Des allègements mal ciblés et qui encouragent les emplois peu qualifiés

Ces allègements de cotisations sociales ne sont pas ciblés et toutes les entreprises sont susceptibles d’en bénéficier. Or tous les secteurs ne sont pas concernés par la compétition internationale et notamment les services où les emplois sont, par nature, non délocalisables. Pourtant, c’est principalement le secteur des services (hôtellerie et restauration, commerce de détail, services à la personne, services opérationnels, construction) qui bénéficie de ces allègements

Ces allègements ont aussi un autre effet sur l’emploi : ils constituent des “trappes à bas salaires” : en se concentrant principalement sur les salaires proches du SMIC, ils encouragent mécaniquement la création d’emplois non qualifiés et peu rémunérés. Forcément, un emploi qualifié rémunéré théoriquement un peu plus cher que le SMIC n’est pas subventionné et donc se retrouve à être proportionnellement beaucoup plus cher.  Ces allègements ont donc aussi pour effet de plafonner les salaires. Or, ce sont généralement les emplois qualifiés qui sont considérés comme porteurs de croissance… Cette politique d’allègement des salaires a donc tout faux !

 

 

Pour aller plus loin :

[1] Le Sénat affiche par exemple un chiffre fantaisiste de 750 000 emplois créés, or sa source est l’article de Yannick L’Horty, « Dix ans d’évaluation des exonérations sur les bas salaires », in « Connaissance de l’emploi », n° 24, janvier 2006 qui synthétise justement des études chiffrant de 125 000 à 560 000 emplois créés ou sauvegardés… Le site Vie publique va encore plus loin citant aucune source des chiffres allant de 200 000 à 1,1 million d’emplois créés, comme par hasard…

 

 

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