La com-pé-ti-ti-vi-té ! Encore une rengaine qui revient toujours chez les commentateurs économiques. Elle serait le moteur magique qui permettrait aux économies de décoller, notamment via des réductions du «coût du travail» ou autres réformes structurelles. Les entreprises auraient ainsi la capacité de conquérir des parts de marché grâce à des prix plus faibles. Pourtant à y regarder de plus près, il n’y a pas forcément de lien entre la bonne santé d’une économie et le « coût du travail »… Mais surtout l’économie ne se résume pas à une compétition entre les pays !

Les leçons du match France-Allemagne : le rôle du positionnement de l’industrie

On nous désigne souvent l’Allemagne comme modèle, notamment parce que le travail y serait « moins cher ». Pourtant, quand on compare la France et l’Allemagne, on se rend bien compte que l’emploi n’est pas qu’une question de coût : l’industrie allemande est bien plus compétitive alors que ses salariés y coûtent plus chers que les salariés français !

C’est tout simplement que l’industrie allemande est positionnée sur d’autres segments de marché plus rentables, notamment celui du haut de gamme alors que l’industrie française produit de la moyenne gamme[1].

La comparaison avec l’Allemagne souligne aussi le niveau insuffisant de la recherche et innovation en France : 2,1 % du PIB contre 2,8 % outre-Rhin. Cette différence est également très marquée si l’on considère les dépenses en recherche et développement du secteur privé : en 2008, elles s’élevaient à 15 milliards d’euros en France, contre 31 milliards en Allemagne. C’est bien toute la structure de l’économie qui fait la compétitivité d’un pays au niveau international, et pas seulement le « coût » du travail.

Le coût du travail ne représente qu’une faible part du coût d’un produit

Dans le prix final d’un produit, le coût de la main d’œuvre pour la fabrication compose, dans bien des secteurs, une part infime. Par exemple, pour une chemise, ce coût représente seulement 16% du prix final quand elle est fabriquée en France, contre 9% si elle fabriquée en Chine. Le prix final comprend aussi le loyer du magasin, la TVA, le marketing, la distribution, la publicité, les frais administratifs et les matières premières mais surtout… les gains patronaux.

Dans certains cas, le problème n’est donc pas la compétitivité : c’est simplement que les entreprises veulent empocher ces 7% de différence et le reverser à leurs actionnaires.

Toutes les entreprises ne sont pas soumises à la concurrence internationale

Enfin, il faut aussi se rendre compte que la concurrence internationale n’affecte pas toutes les entreprises. De nombreuses entreprises, notamment de service (distribution, hôtellerie et restauration, construction, etc.), sont non délocalisables et leur activité ne peut pas être substituée par des concurrents étrangers… Le chantage à la recherche du « coût du travail » le plus bas n’a alors aucun fondement !

Pour aller plus loin :

 

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